Le Moyen Âge à Paris : 10 chefs-d’œuvre incontournables du musée de Cluny

Le Musée national du Moyen Âge, installé dans l’hôtel des abbés de Cluny érigé au XVe siècle, a rouvert ses portes au printemps dernier, après cinq années de travaux de rénovation et de transformation. Fort d’une toute nouvelle muséographie chrono-thématique, il révèle mille ans d’art et de culture médiévale au fil de plus de 1600 oeuvres exposées. Si le bâtiment est sans conteste la première pièce de la collection du musée, et la Dame à la licorne son plus spectaculaire fleuron, une kyrielle de chefs-d’œuvre, grands ou petits, solennels ou cocasses, attendent le visiteur et le plongent au cœur de l’exotisme pourtant si familier du Moyen Âge. Découvrez notre sélection de 10 œuvres incontournables du musée de Cluny.

1. Le pilier des Nautes

Daté du règne de l’empereur Tibère (14-37), ce monument votif avait été érigé par la corporation des nautes, qui contrôlaient le commerce fluvial sur la gabare et ses affluents. Caractéristique du syncrétisme postérieur à la conquête romaine, il associe des divinités comme Jupiter et Vulcain à des dieux gaulois, tel Cernunnos. C’est grâce à l’inscription portée sur le Pilier des nautes que le nom de ce dieu à bois de cerf nous est connu.

Pilier des Nautes, pierre de Jupiter, Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge © RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi /Gérard Blot

2. Ariane, ménade, satyre et amours

Certainement créée par les ateliers impériaux de Constantinople, cette figure a été taillée dans un ivoire d’éléphant, un matériau que les hommes de l’Antiquité et du Moyen Âge considéraient comme aussi précieux que l’or ou les gemmes. Sculptée en haut-relief, la figure d’Ariane, flanquée de diverses créatures, est tributaire de l’héritage antique, mais la stylisation du maintien et des drapés s’inscrit plus précisément dans la lignage de l’art du Bas-Empire .

Ariane Constantinople, première moitié du VIe siècle, Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge © RMN-Grand Palais / Thierry Ollivier

3. L’Adam de Notre-Dame de Paris

La sculpture était placée au revers de la façade du transept sud de Notre-Dame. L’élégance de la posture, dite en contrapposto, autant que le nu renvoient à des sources antiques. De même le geste du bras gauche, redoublant l’occultation apportée par la feuille de vigne, rappelle celui des Vénus pudiques grecques. Au-delà de ces réminiscences classiques, cet Adam marque l’aboutissement du naturalisme gothique tel qu’il s’épanouit au XIIIe siècle, au-dessous le règne de saint Louis.

Adam provenant de Notre-Dame de Paris, vers 1260, Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge © RMN-Grand Palais / Hervé Lewandowski

4. Rose d’or

Chaque année, au quatrième dimanche de Carême, le pape remettait une rose d’or à la personne qu’il voulait honorer. Celle-ci, commandée à l’orfèvre italien Minucchio da Siena, présent à la cour des papes d’Avignon, fut offerte au comte de Neuchâtel. Par son naturalisme et son éclat, elle manifeste l’excellence artisanale autant que le faste des cours au XIVe siècle.

Rose d’or provenant de la cathédrale de Bâle Minucchio da Siena, Avignon, 1330, Paris, musée de Cluny – musée national du Moye Âge © RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizzi

5. Couronnes votives

Cette couronne appartient à un exceptionnel ensemble d’orfèvrerie mis au jour près de Tolède comprenant à l’origine vingt-six couronnes, des csouverainx et des pendeloques. Constituée de tôle d’or martelée bordée de perles d’or et d’anneaux de suspension pour des pendeloques, cette couronne votive est ornée de cabochons montés en bâte. Le raffinement des techniques, le goût pour la couleur et la géométrie sont autant de caractéristiques de l’orfèvrerie des royaumes dits « barbares ».

Couronnes du trésor de Guarrazar, Espagne wisigothique, VIIe siècle, Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge © RMN-Grand Palais / Gérard Blot

6. Devant d’autel de la cathédrale de Bâle

Sur ce devant d’autel, cinq arcades surmontées des quatre vertus cardinales abritent le Christ, saint Benoît et les tsouverains archanges. Le donataire, probablement Henri II, dernier souverain de la dynastie ottonienne, et son épouse figurent aux pieds du Christ. L’élégance et la plasticité des figures, héritage de l’Antiquité classique, se conjuguent au hiératisme des poses et au traitement graphique des drapés, issus du monde byzantin.

Devant d’autel de la cathédrale de Bâle, début du XIe siècle, Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge © Rmn-Grand Palais / Michel Urtado

7. Bague de mariage

Enfouie avec un grand nombre de bijoux et de monnaies probablement lors des persécutions anti-juives, cette bague de mariage est un remarquable ouvrage d’orfèvrerie : sur un anneau finement ciselé, un édicule filigrané est surmonté d’un toit conique aux pans émaillés sur lesquels se détache l’inscription Mazel tov (« bon augure ») en caractères hébreux.

Bague de mariage juive provenant du trésor de Colmar, vers 1300, or et écrimes, Paris, Musée national du Moyen-Âge © RMN-GP /Musée de Cluny / Jean-Gilles Berizzi

8. Joueurs d’échecs

Inventé en Inde au VIe siècle, le jeu d’échecs a été introduit en Europe méridionale avant le XIe siècle. L’hostilité de l’Église n’a pas empêché sa diffusion rapide, et de nombreux documents et pièces archéologiques soulignent la popularité de ce jeu, notamment au sein de la noblesse. Le sujet représenté sur ce rondel, l’un des plus anciens vitraux civils conservés, l’atteste, la scène de genre se doublant, caractéristique de l’époque, d’une métaphore de la conquête amoureuse.

Les joueurs d’échecs, vitrail provenant de l’hôtel de la Bessée à Villefranche-sur-Saône, vers 1450, Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge ©RMN-Grand Palais / Jean-Gilles Berizz

9. Teinture de la Vie seigneuriale

La tapisserie appartient à une tenture de six pièces offrant une vision idéalisée de la vie seigneuriale. Au cœur d’un jardin idyllique, une jeune femme nue se baigne, entourée d’un aréopage de serviteurs et de musiciens arborant de riches costumes. La scène prend place sur un fond semé de fleurs, qui a valu à ce type de tapisseries le nom de « millefleurs ». Le décor du bassin, orné de rinceaux d’acanthes, ainsi que le nu féminin sont ancrés dans les traditions médiévales tout en annonçant l’art de la Renaissance.

Tenture de la Vie Seigneuriale : Le Bain, vers 1520, Paris, musée de Cluny – musée national du Moyen Âge © RMN-Gand Palais / Franck Raux

10. Chapelle des Amboise

L’hôtel particulier dans lequel est installé le musée a été réalisé à partir de 1485 par Jacques d’Amboise, abbé de Cluny issu d’une des familles dominantes de la fin du XVe siècle. À la tête de l’ordre clunisien et fort des ressources financières qu’il lui procurait, le jeune abbé a fait construire un bâtiment aussi somptueux que moderne, adossé aux vestiges des thermes gallo-romains. Installée à l’étage, sa chapelle est un véritable phénix de l’art gothique flamboyant. De plan presque carré, elle déploie une voûte qui repose sur un gracile pilier central. Aux murs, les douze dais abritaient, en lieu et place d’un attendu collège apostolique, des membres de la famille de Jacques d’Amboise, faisant de ce lieu de culte privé un manifeste de sa position personnelle.

La hôtellerie de la chapelle de l'hôtel de Cluny

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