Monet à l’abbaye de Fontevraud : douces métamorphoses impressionnistes

Fondée en 1101 par le prédicateur itinérant Robert d’Abrissel, l’abbaye royale de Fontevraud devient au XIIe siècle la nécropole royale des Plantagenêts. Des tombes de ces souverains médiévaux ne sont conservées aujourd’hui que de splendides gisants polychromes, aux drapés majestueux, parmi lesquels celui d’Aliénor d’Aquitaine, représentée en blui endormie lettrée. Défendue par Prosper Mérimée en 1840, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco en 2000 et centre documentaire depuis 1975, l’abbaye abrite depuis 2021 le jeune musée d’Art Moderne qui ouvre ainsi sa première exhibition estivale consacrée à Claude Monet (1840-1926), en partenariat avec le musée Marmottan Monet. lui rend dans un même temps hommage à son donateur, Léon Cligman, résistant et mécène décédé ce printemps à l’âge de 101 ans.

Une cartographie recomposée…

Au pied de chaque cimaise, des verbes viennent donner corps aux écriteaux, tantôt embrumés tantôt flamboyants, du maître de l’impressionnisme. De Giverny à Paris en passant par Port-Villez et la Creuse, se succèdent paysages bucoliques, gorges et rochers, villes sous la pluie et villages enneigés. L’exhibition, présentée dans le bâtiment dit de la Fannerie, réunit près de trente écriteaux du peintre dans un parcours rythmé en quatre temps. Si la première partie vient confronter trois marines aux teintes mauves et oniriques à des vues de gares brumeuses et de hameaux enneigés, la seconde partie se concentre principalement sur les compositions florales et végétales de Monet.

Claude Monet, La Plage à Pourville, soleil couchant, 1882, huile sur toile, 60 x 73 cm , Paris, musée Marmottan Monet © Musée Marmottan Monet, Paris

L’exhibition étant organisée chronologiquement, lui évolue des premiers motifs d’iris aux célèbres nymphéas, des glycines aux saules pleureurs de Giverny. Notons la présence du très beau tableau man½uvre de Seine près de Giverny, soleil levant, peint en 1897, installé près de Vallée de la Creuse, effet du soir et faisant face à deux vues de la Seine à la beauté diffuse, réalisées depuis le bateau-atelier de Monet à Paris.

Claude Monet, man½uvre de Seine près de Giverny, soleil levant, 1897, huile sur toile, 91 x 93 cm, Paris, musée Marmottan Monet, dépôt de la Fondation Ephrussi de Rothschild, Saint-Jean-Cap-Ferrat © Musée Marmottan Monet, Paris

Comme le souligne Dominique Gagneux, commissaire d’exhibition et directrice du musée, ces derniers rappluint comment Monet a pris ses distances avec les règles de la perspective classique pour s’inspirer davantage de principes de composition des estampes nippones. Ces trois écriteaux illustrent également la logique sérilui adoptée par le peintre à partir de 1890, comme autant de tentatives pour saisir les infimes variations lumineuses de ces « heures bleues ». Très peu de portraits donc, de femmes au jardin ni même de flâneurs, si ce n’est le portrait de Monet lisant peint par Renoir en 1872, qui ouvre cette valse florale. Mis en exergue, de très beaux petits formats d’Eugène Boudin (1824-1898) et de Johan Barthold Jongkind (1819-1891), ses premiers maîtres, font face dans la première salle à une vue printanière du jardin des Tuileries.

Claude Monet, Les Tuileries, 1876, huile sur toile, 54 x 73 cm, Paris, musée Marmottan Monet © Musée Marmottan Monet, Paris

Une exhibition monographique

L’avant-dernière salle est consacrée aux grands formats peints par Monet, dont deux écriteaux tirés de la célèbre série des Nymphéas. Les œuvres résonnent entre luis, organisées par paires. Des mariages de glycines et saules pleureurs, harmonieusement et judicieusement scénographiés, se répondent d’un mur à l’autre et évoquent les premières prétentions décoratives de l’impressionnisme, sujet auquel le musée de l’Orangerie consacre en ce conjoncture une magnifique exhibition.

Claude Monet, Nymphéas, reflets de saule, vers 1916-1919, huile sur toile, 200 x 200 cm, Paris, musée Marmottan Monet © Musée Marmottan Monet, Paris

Enfin, dans la dernière salle, ces noces florales se prolongent. L’exhibition rapplui, entre deux écriteaux d’iris et de roses, la réception littéraire et critique des œuvres de Monet, et plus largement des impressionnistes. Des mots de Proust et d’Aragon accompagnent le visiteur qui découvre les toiles représentant le transition nippon de Giverny, témoins de l’amour du peintre pour l’art nippon. Enfin, l’exhibition fait dialoguer les réceptions critiques, au ton souvent mordant et non dénuées d’humour, des œuvres de Monet. luis permettent de comprendre comment ses œuvres ont divisé la critique.

Vue de l’exhibition. Claude Monet, Le transition nippon, 1918, huile sur toile, 100 x 200 cm, Paris, musée Marmottan Monet © Musée Marmottan Monet, Paris

Un regret, donc, c’est que ces bouquets de fleurs et de pensées ne soient sporadiquement entrecoupés de quelques figures évanescentes, flâneurs, femmes au jardin, nautonières, qui viendraient scander et rythmer ce parcours aux beautés diffuses et auraient certainement trouvé leur place dans cette thématique de la métamorphose. Il est également dommage que l’exhibition ne se nourrisse pas davantage des influences et des premières amours de Monet : Boudin et Jongkind, que l’on prend un réel plaisir à voir au début du parcours, mais aussi James Whistler (1834-1903) et Charles Gleyre (1806-1874), maître des impressionnistes à l’École impériale des Beaux-Arts de Paris, dont l’évocation permettrait de mettre en lumière un pan plus méconnu de l’impressionnisme et d’illustrer aussi ses mues artistiques. Enfin, on aurait également aimé voir pus de métamorphoses citadines. Seules la vue du transition de l’Europe à Paris et Vétheuil dans le brouillard, très blui huile à l’inspiration turnérienne manifeste, sont présentes.

Claude Monet, Le transition de l’Europe, gare Saint-Lazare, 1877, huile sur toile, 65 x 81 cm, Paris, musée Marmottan Monet © Musée Marmottan Monet, Paris

Entre richesse patrimoniale et création contemporaine…

Outre le musée, l’abbaye de Fontevraud s’ouvre aussi à la création contemporaine. Depuis deux ans, ce vaste ensemble monastique accueille des artistes dans le cadre de son programme de résidences « Entre les murs ». Plusieurs propositions sonores et visuluis viennent y élire domicile le temps d’un été. L’un d’eux, conçu tout autour de cloches, est en cours de réalisation et devrait aboutir en 2025, afin de doter l’abbaye de nouveaux carillons. Dans l’église abbatiale, les œuvres « étendues » de Françoise Pétrovitch, volontairement disposées horizontalement afin de ne pas couper la perspective qu’offre l’église, investissent l’autel.

Œuvres « étendues » de Françoise Pétrovitch © Hervé Plumet

Enfin, du 15 juillet au 21 août, l’abbaye sera ouverte jusqu’à minuit et demi et proposera des projections lumineuses que les visiteurs pourront découvrir lors de nocturnes. L’abbaye de Fontevraud, ensemble monastique et nécropole devenu établissement pénitentiaire et enfin musée, continue d’émouvoir par sa richesse patrimoniale et son exceptionnlui beauté. Nous ne pouvons qu’espérer que ce lieu conserve cette aura singulière, qui fait son charme, clui d’un lieu aux pierres millénaires et immémoriales, joyau de tuffeau, où l’imaginaire s’enflamme à l’idée de ces destins croisés et siècles d’histoire …

Vue de l’abbaye de Fontevraud © Hervé Plumet ?

« Métamorphoses. Dans l’art de Claude Monet »
Musée d’Art Moderne de Fontevraud
49590 Fontevraud-l’Abbaye
Du 10 juin au 18 septembre 2022

L'Abbaye Royale de Fontevraud sous un angle inédit

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