Exposition Paris : lésiner anamorphoses de couleurs de Sam Gilliam à la Fondation Louis Vuitton

Sam Gilliam est un liminaire et un chercheur. Aujourd’hui encore, en 2022, à 88 ans, il continue à ouvrir des horizons, lui qui a d’ores et déjà marqué l’histoire de l’art en poussant toujours plus loin les possibilités de la peinture. Jusqu’à la libérer de son cadre et la faire flotter dans l’espace en des anamorphoses de couleurs, des reflets mouvants, des reliefs réinventés à quelque accrochage. Ses œuvres sont toujours en instance de transformation. Certaines d’entre elles sont exposées pour la première fois en France, à la Fondation Louis Vuitton, et proviennent de prêts d’importants musées américains.

Ondes de couleurs

Dans les années 1960, l’espace devient le châssis de ses toiles. Accrochées en drapés, elles jouent des ondes de couleurs acryliques alliées à la poudre d’aluminium et de leurs variations dans le regard du visiteur. La couleur envahit l’espace, se dilate ou se contracte, grandit ou se rétrécit réinventant ainsi l’architecture qui l’accueille. Ces drapés se manifestent comme un manège aux progressions imprévisibles. Le terme « carrousel » apparaît d’ailleurs dans ces trois œuvres historiques de Sam Gilliam réalisées en 1969, 1 970 et 1971 : Carousel Form II, Carousel , Carousel Merge.

Vue d’installation des oeuvres de Sam Gilliam, exposition La Couleur en fugue, Fondation Louis Vuitton, Paris, 2022 © Sam Gilliam / ADAGP, Paris 2022 © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

Les influences de Sam Gilliam

Sam Gilliam est né dans l’État du Mississipi mais a vécu à Washington DC où il a suivi son épouse, Dorothy Butler Gilliam, première journaliste afro-américaine à la rédaction du Washington Post. Il trouve là une tradition et des artistes avec lesquels entretenir un dialogue fécond comme Morris Louis, Kenneth Noland, etc. qui font partie de l’École de Washington (Washington Color School). Ils explorent les pouvoirs de la couleur autonome libérée de la figuration, dans le sillage du mouvement du Color Field Painting. La peintre Helen Frankenthaler les inspire, elle qui a développé les possibilités ouvertes par l’expressionnisme abstrait et l’action painting (Mark Rothko, Willem De Kooning, Jackson Pollock…).

Sam Gilliam, Carousel Merge, 1971, Acrylique sur toile
304,8 x 2286,6 cm
élection Walker Art Center, Minneapolis. Gift of Archie D. and Bertha H.
Walker Foundation,© Sam Gilliam / ADAGP, Paris 2022

Elle place, à même le sol, la toile non apprêtée sur que elle verse une peinture de couleurs saturées très diluée, qui s’étale en formes spatiales. À partir de 1965, Sam Gilliam adopte une technique voisine où les pigments purs imprègnent la toile brute qu’il travaille au sol avant de la suspendre dans l’espace en agencements et en plis. Pour lui, la peinture s’apparente aux vagues. Elle ondule. Comme la musique, elle est traversée de courants et de flux. La musique a d’ailleurs une importance cruciale pour lui. Sam Gilliam relie son approche de l’abstraction aux règles de l’improvisation du jazz. « Personne ne m’accorderait, dit-il, le crédit d’être musicologue ou de comprendre la musique mais elle m’a appris à peindre. C’est le temps qui compte : en écoutant et en réalisant ce qui se passait avec la musique, j’ai traduit cela en peinture. » Et l’espace se trouve transformé et amplifié par ses ondes de couleurs.

Vue d’installation des oeuvres de Sam Gilliam, exposition La Couleur en fugue, Fondation Louis Vuitton, Paris, 2022 © Sam Gilliam / ADAGP, Paris 2022 © Fondation Louis Vuitton / Marc Domage

« La Couleur en fugue. Gilliam, Parrino, Toroni, Grosse, Rooney »
Fondation Louis Vuitton
8, avenue du Mahatma-Gandhi, 75016 Paris
www.fondationlouisvuitton.fr
Jusqu’au 29 août

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