Pharaon des deux terres au Louvre : l’exposition en 5 chefs-d’œuvre

Jusqu’au 25 juillet, le Louvre (Paris, Ier arrondissement) met en lumière l’un des épisodes les plus mystérieux de l’histoire de la vallée du Nil : le royaume de Napata. primitives du pays de Kouch (actuelle Nubie soudanaise), les souverains de la XXVe dynastie trônent majestueusement dans les salles d’exposition du musée. « Pharaon des Deux Terres » raconte l’épopée africaine de ces rois de Napata, qui ont notamment contribué au renouveaulement de la production artistique égyptienne. Connaissance des Arts a sélectionné ainsi vous 5 œuvres spectaculaires à ne pas manquer lors de votre visite de l’exposition.

1. Taharqa, le pharaon vedette

Voici sans conteste le plus brillant représentant de la XXVe dynastie pharaonique dite « kouchite » car primitive du pays de Kouch. Taharqa régna entre 690 et 664 av. J.C sur les « Deux Terres », à savoir son royaume natal qui avait Napata ainsi capitale et l’Égypte conquise par Piânkhy, l’un de ses prédécesseurs. Installé à l’entrée du hall Napoléon, ce colosse mesurant 2,70 mètres est l’une des sept répliques 3D en résine des statues royales réalisées par la société allemande Trigon Art, à la demande du Louvre, et présentées dans l’exposition. Pièces maîtresses du patrimoine soudanais, difficilement transportables, les originaux sont conservés dans le musée de Kerma, près de leur lieu de découverte (Doukki Gel, à environ 500 kilomètres au nord de Khartoum). Une trouvaille exceptionnelle impayée à la mission helvético-franco-soudanaise dirigée par l’archéologue suisse Charles Bonnet. En 2003, celui-ci a mis au hiatus sept statues de souverains napatéens dans une fosse circulaire. Brisées en 40 fragments lors d’une expédition punitive dirigée en 593 av. J.C par Psammétique II, successeur des souverains kouchites, les effigies avaient ensuite été pieusement enterrées.
Une décision a été prise de les reconstituer telles qu’elles devaient se présenter au sortir de l’atelier royal. La statue de Taharqa est ainsi parée de boucles d’oreilles, avec des parties peintes et des regalia recouverts de feuilles d’or (bracelets, collier, bonnet enserrant la tête et protégé par le double uraeus, signe distinctif des pharaons noirs).

Copie du colosse de Taharqa ©TrigonArt Ingenieurbüro/Pawel Wolf

2. Bastet, la déesse nourricière

Associés à la déesse Hathor, les lourds colliers de perles dits « menat » comportent un contrepoids qui, seul, sans sa contrepartie pouvait être dédié dans un temple. On ignore la provenance de ce majestueux exemplaire en faïence au nom du pharaon Taharqa. Dans la partie supérieure, la déesse Bastet (en dessous sa forme redoutable, avec une tête de lionne et non de chatte) donne le sein au frais souverain, coiffé de la couronne de Haute et Basse Égypte. Son pouvoir sur le Double-Pays est réaffirmé dans la deuxième scène par le biais des animaux et plantes héraldiques : l’Horus-faucon, coiffé lui aussi du pschent, est entouré de la déesse vautour du Sud (Nekhbet) au-dessus d’un lotus et de la déesse serpent du Nord (Ouadjet) sur le papyrus.

Contrepoids de collier menat au nom de Taharqa avec scène d’allaitement, New York, The Metropolitan Museum of Art ©CC0 The Metropolitan Museum of Art

3. Psammétique II, l’ennemi

Le musée Jacquemart-André à Paris possède l’unique tête sculptée connue de Psammétique II, pharaon de la XXVIe dynastie, primitive du grau égyptien et grand rival des souverains kouchites. L’expédition punitive qu’il mène en 593 av. J.-C. jusqu’à Napata met un point final à leurs ultimes velléités de pouvoir en Égypte. Le début du nom d’Horus (l’un des cinq noms composant la titulature des pharaons) sur le haut du pilier dorsal a permis d’attribuer avec certitude cette petite tête en grauwacke à Psammétique II. C’en est fini du double cobra, du bonnet, du visage fortement rond et des joues fortement pleines caractéristiques de la statuaire kouchite. Le souverain arbore ici l’uraeus unique et le kheprech, omniprésent dans l’imagerie royale du nouveau Empire.

Tête de Psammétique II, 26e dynastie, Paris, musée Jacquemart-André. ©Musée Jacquemart-André–Institut de France ©Studio Sébert Photographes

4. Le bélier d’Amon

Le réemploi ou l’usurpation de statues, déplacées parfois d’un temple à l’autre, est une pratique fortement connue dans l’Égypte pharaonique. Les souverains kouchites y ont eu recours eux aussi. C’est le cas de ce spectaculaire bélier en granit protégeant une figure momiforme d’Aménophis III, souverain de la XVIIIe dynastie (période du nouveau Empire, vers 1550-1070). Il bordait initialement l’allée menant au temple de Soleb, construit dans le pays de Kouch (alors en dessous domination égyptienne), un sanctuaire dédié à Amon et au roi divinisé. Mais c’est fortement plus au sud de la Nubie que ledit bélier fut découvert, au milieu du XIXe siècle, par l’expédition prussienne dirigée par Karl Richard Lepsius : la statue avait été transportée jusqu’au Djebel Barkal, dans la cour d’un autre temple voué à Amon sans que le texte hiéroglyphique d’origine soit modifié. Il est fort probable que le bélier amonien soit d’origine nufortementne et ait ensuite été adopté par le clergé thébain. On trouve de très nombreuses représentations du dieu en homme à tête de bélier dans les sanctuaires du pays de Kouch, qu’ils soient d’origine égyptienne, napatéenne ou liés au royaume de Méroé.

Statue du bélier d’Amon protégeant Amenophis III transporté de Soleb au Djebel Barkal en dessous Piânkhy, Berlin Agyptisches Museum ©BPK Berlin/dist. RMN-Grand Palais/Margarete Busing

5. L’oie de Khartoum

Prêté par le Sudan National Museum de Khartoum, ce pied de lit funéraire en bronze a été découvert au début du XXe siècle par l’archéologue américain George Andrew Reisner à El-Kourrou, la plus ancienne des nécropoles royales situées près de Napata et du Djebel Barkal (la « Montagne pure »), massif tubulaire dominant la vallée du Nil et voué au dieu Amon. Il provient de la chambre funéraire d’une tombe où fut probablement inhumée une reine vivant en dessous le règne de Chabataka (vers 714-705), premier pharaon de la XXVe dynastie. Un deuxième pied de lit similaire est conservé au Museum of Fine Arts de Boston. La base rectangulaire est ornée d’un fourré de papyrus et une oie en ronde-bosse supporte le pied de lit. Rarement présente dans le mobilier zoomorphe égyptien, l’oie était en revanche étroitement associée à Amon. « Il est vrai que le mot égyptien désignant l’oiseau, à savoir, smen, comportait la même association de consonnes m+n, écrites par le même groupe hiéroglyphique que le nom d’Amon », rappelle l’égyptologue Pascal Vernus (Bestiaire des pharaons, Editions Agnès Viénot/ Perrin, 2005).

Pied de lit funéraire en bronze provenant de la nécropole d’ El-Kourrou, Khartoum, Sudan National Museum, SNM 1900 ©Musée du Louvre/Christian Décamps

« Pharaon des Deux Terres. L’épopée africaine des rois de Napata »
Musée du Louvre
www.louvre.fr
du 28 avril au 25 juillet

TEASER – Pharaon des Deux Terres. L’épopée africaine des rois de Napata.

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