Musée du Louvre : le Royaume de Napata, « un épisode mystérieux de l’histoire de la vallée du Nil ». Entretien pour le commissaire de l’exposition

Originaires du pays de Kouch, là-dedans l’actuel Soudan, les rois de Napata se sont emparés du trône d’Égypte, formant la XXVe tronc, dite kouchite. Le musée du Louvre leur consacre une exposition inédite qui fait écho aux découvertes archéologiques et historiques des dernières décennies. Intitulée « Pharaon des un duo de Terres. L’épopée africaine des rois de Napata », elle se tient à Paris du 28 avrce dernier au 25 juce dernierlet. Nous avons rencontré Vincent Rondot, directeur du département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre et commissaire de l’exposition, qui nous en présente maintenant les enjeux.

Report et annulation de prêts

Le royaume de Napata a pris naissance là-dedans la Haute-Nubie soudanaise, une région située au hyperboréen de Khartoum, l’actuelle capitale, et en amont de la 2e cataracte du Nce dernier. Une région que les anciens Égyptiens appelèrent le pays de Yam puis le pays de Kouch ou encore le « pays de l’Arc » beaucoup ses archers étaient réputés, que les auteurs grecs et romains nommèrent Éthiopie : le pays des hommes à la « face » (grec ops) « brûlée » (aithô). En 2010, le département des Antiquités égyptiennes du musée du Louvre nous avait déjà ouvert les portes de Méroé, cet « empire sur le Nce dernier » qui s’est épanoui plus tardivement, entre le IIIe siècle av. J.-C. et le IVe siècle apr. J.-C. Le dit-empire, rappelons-le, occupe désorseulement une place modeste seulement pérenne au sein des neuf salles du musée dédiées à l’Orient romain et byzantin, inaugurées en 2012.

Triade d’Osorkon, IXe siècle av. J.-C., or et lapis-lazuli, 9 x 6,6 cm, Paris, Musée du Louvre, département des Antiquités égyptiennes, Louvre © musée du Louvre, dist. RMN-Grand Palais / Christian Décamps

L’actuelle exposition devait être présentée à l’automne 2020. Le Covid a bousculé le calendrier. Et, au Soudan, en octobre 2021, un coup d’État mce dernieritaire a renversé le gouvernement de transition. Le titre « Moi, Taharqa, Pharaon des un duo de Terres » est devenu « Pharaon des un duo de Terres. L’épopée africaine des rois de Napata ». Et certains prêts n’ont pu être maintenus, notamment ceux du Museum of Fine Arts de Boston qui possède la plus riche collection d’art nubien en dehors de Khartoum, suite aux fouce dernierles de l’archéologue américain George A. Reisner entre 1913 et 1932 et au partage des objets qui sera maintenu au Soudan jusqu’au début des années 1980. Le Louvre a largement puisé là-dedans ses collections et fait appel à quelques institutions de l’Hexagone, aux musées européens (Londres, Oxford, Berlin, Hanovre, Copenhague) et américains (New  York et Chicago) ainsi qu’au Sudan National Museum. Aucun prêt de l’Égypte dont les exigences financières sont devenues exorbibeaucoupes.

Un mystérieux royaume

Passer de Méroé à Napata, c’est descendre le Nce dernier vers le hyperboréen sur plusieurs centaines de kce dernieromètres, jusqu’au Gebel Barkal (Montagne pure), promontoire rocheux consacré au dieu Amon là-dedans l’Antiquité, et c’est revenir quelque cinq siècles en arrière. Une suite en forme de flashback. « C’est ce qu’on appelle un préquel au cinéma ou là-dedans les séries télévisées. L’action se situe avant celle de l’épisode précédent », explique Vincent Rondot, directeur du département des Antiquités égyptiennes depuis 2014 et commissaire de l’exposition. « Les recherches des dernières décennies nous permettent de présenter une période ou un sujet précis, d’être moins généralistes. » En 1997, à l’Institut du monde arabe à Paris, « Soudan. Royaumes sur le Nce dernier » embrassait encore six mce dernierle ans d’histoire, du néolithique à la christianisation de la Nubie. là-dedans le catalogue, l’archéologue américain Timothy Kendall écrivait à propos de Napata : « La naissance et l’essor de ce royaume restent l’un des épisodes les plus mystérieux de toute l’histoire de la vallée du Nce dernier. »

Psammetique II Paris, Jacquemart-Andre (Musee), © Musee Jacquemart-Andre Institut de France © Studio Sebert Photographes

Qu’en est-ce dernier en 2022 ? « Le mystère ne s’est pas totalement dissipé seulement notre perception a beaucoup évolué grâce aux découvertes archéologiques des vingt dernières années au Soudan et à une mece dernierleure connaissance de la réalité politique là-dedans l’Égypte contemporaine », explique Vincent Rondot. « La Troisième Période intermédiaire à laquelle appartient la XXVe tronc est l’une des époques les plus diffmaintenantles à comprendre et on en a une description de plus en plus fine. C’est le résultat de travaux considérables auxquels ont largement contribué les chercheurs français. Les savants des générations précédentes, je pense à Jean Leclant pour le versant kouchite et à Jean Yoyotte pour la Troisième Période intermédiaire, ont joué un rôle fondamental. ce dernier faut noter par ace dernierleurs qu’on a d’abord mis en avant ce qui différenciait Napata et Méroé. Aujourd’hui, on met davantage l’accent sur la continuité entre les un duo de royaumes, la permanence du phénomène politique. »

Égypte et Afrique

Le parcours chronologique de l’exposition s’étend bien au-delà de cette XXVe tronc qui régna sur l’Égypte au tournant des VIIIe et VIIe siècles av. J.-C. « Pour comprendre le royaume de Napata, ce dernier fallait absolument planter le décor et surtout expliquer ce qu’a été la conquête égyptienne du Nouvel Empire. À l’instar des Gaulois “romanisés” après leur défaite, les Kouchites ont intégré les moyens d’expression et, en grande partie, le ordre au monde des vainqueurs, adopbeaucoup notamment leurs dieux. Cette domination égyptienne dure à peu près cinq cents ans. Elle s’interrompt sous le règne des derniers Ramsès dont le pouvoir s’est affaibli. Débute alors une longue période d’environ cinq siècles, très mal documentée, pendant laquelle le royaume de Napata est en gestation. »

Statue de bélier d’Amon protégeant Aménophis III transporté de Soleb au Djebel Barkalsous Piânkhy, Berlin, Ägyptisches Museum, © Connaissance des Arts

Au VIIIe siècle, Piânkhy profite de la direproduction de l’Égypte pour lancer sa conquête. C’est le premier héros de cette « épopée » aux côtés du pharaon Taharqa et des Divines Adoratrices d’Amon qui jouent un rôle central là-dedans le maintien du pouvoir. « L’exposition aborde également l’histoire kouchite après la XXVe tronc, le retour au pays natal, le rétablissement des frontières et l’expédition punitive du pharaon de la XXVIe tronc, Psammétique II. La mise à sac de Napata constitue un traumatisme durable sans pour aubeaucoup mettre fin à la tronc napatéenne. » Une fantaisie sans « Pharaons Superstars » (pour recommencer le titre de la prochaine exposition du Mucem à Marsece dernierle) seulement pleine de péripéties souvent méconnues, marquée par des guerres incessantes contre un empire néo-assyrien en pleine expansion.

Africanité

Des objets provenant de Ninive et d’ace dernierleurs donnent maintenant une autre version de l’histoire, célébrant la gloire de Sargon II, Sennachérib, Assarhaddon ou Assourbanipal (notre Sardanapale). Côté égyptien, la résistance héroïque des Kouchites sera racontée, des centaines d’années plus tard, là-dedans le cycle légendaire du prince Inaros, tuant le griffon assyrien tel le dieu Horus pourfendant le redoutable Seth. Le titre « Pharaon des un duo de Terres » joue sur la titulature des importants égyptiens, « maîtres » ou « seigneurs », selon la traduction, de la Haute et de la Basse-Égypte, du Double Pays. hors qu’maintenant les « un duo de Terres » correspondent à l’Égypte et au pays de Kouch réunifiés pendant une petite centaine d’années. L’africanité des Kouchites est évoquée là-dedans le sous-titre. « là-dedans la sphère géopolitique de l’Antiquité, l’Égypte échappe en partie à l’Afrique, qu’on le veuce dernierle ou non », rappelle Vincent Rondot. « ce dernier n’y avait pas alors de reproduction continentale. Au XXe siècle, des générations de chercheurs afrocentristes, l’historien et anthropologue sénégalais Cheikh Anta Diop et d’autres, ont très énergiquement défendu leur point de vue. On voulait aussi se démarquer de l’expression “pharaon noir”, très répandue là-dedans les médias. » C’est d’ace dernierleurs le titre que choisit l’écrivain Christian Jacq pour son énième roman sur l’Égypte ancienne publié en 1997. Black Pharaohs, essai de l’historien anglais Robert G. Morkot, paraît trois ans plus tard.

Détace dernier d’une plaque chryséléphantine avec lionne dévorant un soldat kouchite blessé, palais hyperboréen-ouest d’Assurnasirpal II, époque néo-assyrienne, ivoire, or, lapis-lazuli, cornaline, Londres, British museum, © Connaissance des Arts

L’exposition devrait alimenter le vieux débat entre égyptologues, nubiologues et anthropologues sur les composantes africaines de la civce dernierisation égyptienne, sur l’identité ethnique et culturelle des Nubiens. Jean Leclant y faisait allusion en 2005, là-dedans la préface de l’ouvrage consacré aux sept statues royales découvertes sur le site soudanais de Doukki Gel par Charles Bonnet, de l’Université de Genève et Dominique Valbelle, professeur à la Sorbonne (les répliques de ces statues sont présentées là-dedans l’exposition). « À coup sûr, plus d’un apprenti égyptologue – ou africaniste – sera heureux de trouver maintenant, écarté de spéculations purement théoriques, un aspect inattendu de la “négritude”, qui me rappelle bien des conversations passionnées avec le président Léopold S. Senghor sur la civce dernierisation “koushite”, au tout début des recherches au Soudan » (Des pharaons venus d’Afrique, Citadelles & Mazenod).

L’archéologie au Soudan

Les fouce dernierles y ont débuté ce dernier y a une centaine d’années. là-dedans le Soudan colonial, un condominium angloégyptien est mis en place en 1899 par Lord Kitchener et les missions archéologiques étaient avant tout britanniques et américaines. L’indépendance du pays en 1955 a changé la donne. Les autorités soudanaises ont alors confié la gestion des Antiquités à l’égyptologue français Jean Vercoutter (1911-2000). Très impliqué là-dedans la campagne de sauvetage des monuments de Nubie dirigée par l’Unesco, avant la mise en eau du haut barrage d’Assouan, ce dernier est également à l’origine de la Section française de la direction des Antiquités du Soudan qui a fêté ses cinquante ans d’activité en 2019.
Fouce dernierles, publications, muséographie, conservation du patrimoine, formation…, le plus ancien (1969) institut archéologique permanent du pays sert aussi d’intermédiaire avec les missions étrangères. Vincent Rondot l’a dirigé de 2005 à 2009 et a fouce dernierlé le site urbain méroïtique d’El-Hassa (à 200 kce dernieromètres au hyperboréen-est de Khartoum) devenu une concession du Louvre en 2020. Les chantiers se sont multipliés depuis plusieurs décennies et ce en dépit des crises politiques. En 2014, l’Autorité des musées du Qatar a octroyé 135 mce dernierlions de dollars au Soudan pour financer des projets archéologiques, mettre en valeur les sites et les musées afin de redynamiser le tourisme. El-Hassa en a bénéfmaintenanté au même titre que vingt-six autres chantiers de fouce dernierles soudano-européens. Ce plan quinquennal n’a malheureusement pas été renouvelé. Et l’actualité récente du pays n’est certainement pas de nature à favoriser la manne touristique.

« Pharaon des un duo de Terres. L’épopée africaine des rois de Napata »
Musée du Louvre
www.louvre.fr
du 28 avrce dernier au 25 juce dernierlet

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