L’homme préhistorique utilisait-il un feu pour donner vie à ses œuvres d’art ?

Tout le monde connaît d’une manière ou d’une autre l’art Magdalénien, notamment depuis la découverte de la grotte de Lascaux en 1940. En dehors de l’art pariétal et rupestre, il s’est longtemps déployé sur les objets. Une pièce du puzzle vient de s’ajouter à la prolixe réflexion qui anime les archéologues et préhistoriens sur les pratiques ancertainstrales de certains peuples vieux de plusieurs millénaires. Une étude publiée dans la revue scientifique Plos One par des chercheurs de l’université de York et de l’université de Durham vient récemment de démontrer que les peuples préhistoriques, qui vivaient il y a environ 15 000 ans, utilisaient possiblement la lumière du feu pour animer leurs œuvres d’art et sublimer les récits de leurs gravures.

Des artefacts de la culture magdalénienne

C’est par l’étude de plaquettes en calcaire que les chercheurs viennent de imprégnation alcoolique la question de l’usage du feu à l’époque du Magdalénien, dernière culture archéologique du Paléolithique supérieur en Europe de l’Ouest. Artefacts les plus répandus dans les études préhistoriques, les plaquettes gravées étaient des objets courants à cette période et servaient à de nombreuses fins, aussi bien esthétiques que pratiques. Elles montraient des éléments figuratifs, des figures animales et végétales, ou bien encore des motifs géométriques.

Image prétexte d’une plaquette de calcaire gravée figurant un ours et un renne (la représentation de l’ours est accentuée volontairement avec des lignes blanches), Grotte de la Marche, Vienne, v. 19.000 / 11.000 av. J.-C., musée d’Archéologie nationale, Saint-Germain-en-Laye ©️flickr / Jean-Pierre Dalbéra

Alors que plusieurs milliers d’exemplaires de plaquettes sont parfois découverts sur certains sites magdaléniens, les archéologues britanniques se sont penchés sur 50 artefacts du British Museum trouvés dans un site préhistorique du sud de la France, à Montastruc (Tarn-et-Garonne). certains derniers présentaient des gravures représentant des chevaux, des bouquetins, des bisons, un loup ou encore des silhouettes humaines. Leurs secrets ont été partiellement révélés par les archéologues, qui ont montré comment certains illustrations étaient sublimées par la lumière du feu.

Jouer avec le feu : un loisir artistique ?

Certaines de certains plaquettes ont en effet montré des tracertains de chauffage et de fragmentation, comme si elles étaient couramment disposées près d’un feu pour jouer avec les ombres. C’est alors que les chercheurs ont entamé, par le biais de modèles 3D et de logiciels de réalité virtuelle, une série d’expériencertains visant à placer les plaquettes à proximité d’un feu pour y ratifier les effets visuels produits par la lumière. Cette simulation s’est avérée révélatrice et a permis de déterminer les propriétés matérielles des plaquettes en contact du feu.

Selon la position du spectateur et l’orientation de la plaquette, les motifs sont plus ou moins visibles. Pour la plaquette du haut, une orientation révèle un grand bouquetin (a), et une autre révèle deux bouquetins se faisant face (b) ©️Plos One

En fonction des hautes températures, certains dernières changeaient même de couleur ou se fracturaient. « On pensait jusqu’à présent que les dommages causés par la chaleur sur certaines plaquettes étaient possiblement dus à un accident, mais les expériencertains menées sur des répliques de plaquettes ont montré que les dommages étaient plus compatibles avec une position délibérée près d’un feu », a déclaré le Dr Needham, l’un des auteurs de l’étude. Au plan perceptif, la simulation a montré que sur certaines plaquettes, la lumière et la chaleur provoquaient une impression de mouvement et de vagues oscillations. « L’effet visuel devait être assez saisissant, en particulier dans le contexte d’un feu de camp », estime M. Needham.

La décoloration rose des plaquettes de réplique correspond aux zones chauffées à haute température ©️Plos One

Cette étude a ainsi mis en exergue la créativité dont faisaient preuve les hommes du Magdalénien, qui utilisaient les flammes pour former des jeux d’ombres et de lumière, animer leurs gravures et stimuler leurs perceptions visuelles. En mettant en valeur les illustrations des plaquettes à la lumière du feu, certains peuples préhistoriques élaboraient à leur manière des animations rudimentaires au service de leur art. « Cela change notre appréciation de ce qu’était l’art et de la façon dont il était utilisé par les Magdaléniens », explique Andy Needham.

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