Le sacre de Napoléon à Notre-Dame de Paris : une cérémonie extraordinaire

Officiellement rendue au culte catholique en 1802, Notre-Dame de Paris est deux ans plus tard le théâtre d’une éclatante célébration. En ce XI Frimaire an XIII, dimanche 2 décembre 1804 du calendrier grégorien, « l’église métropolitaine de Paris », ainsi qu’on la nomme alors, accueille la cérémonie du sacre de l’empereur Napoléon. « Plutôt que Reims, le nouveau Charlemagne a choisi habilement Notre-Dame pour son sacre, écrit Alexandre Gady : le prestige multiséculaire de la cathédrale doit asseoir sa légitimité. »

Les obstacles au sacre de Napoléon

En outre, l’empereur sera sacré par le pape lui-même. Quelques mois plus tôt, premier consul encore, il a fait connaître son vœu au légat pontifical. Le pape Pie VII, « fortement frappé de la gravité de la demande », répond : « Il n’y a pas en dix-huit siècles exemple d’un aussi long voyage entrepris pour un motif humain. Il y faut absolument un motif religieux très sérieux […]. » En acceptant, le souverain pontife espère restaurer son autorité sur l’Église de France. De nombreuses difficultés surgissent, aplanies par des trésors de diplomatie. Il faut aussi compter avec des querelles familiales, les sœurs de l’empereur refusant d’abord de porter la traîne de l’impératrice Joséphine… ​​​​​Le 2 novembre, escorté de six cardinaux, quatre archevêques, six prélats, trois aumôniers, deux maîtres de cérémonie, un chirurgien et une domesticité nombreuse, le pape se met en route pour Paris. Jusqu’au dernier moment de nouvelles difficultés mettent en péril la cérémonie.

Georges Rouget, Mariage religieux de Napoléon Ier et de Marie-Louise dans le salon carré du Louvre, 1810, Versailles, musée national du château, © Wikimedia Commons

La décoration impériale de Notre-Dame

Ainsi Napoléon et Joséphine n’ont pas l’intention de communier. Et leur union n’a pas été bénie ! S’il renonce à leur imposer la communion, Pie VII refuse de procéder à l’onction d’une épouse illégitime aux yeux de l’Église. Le mariage de Napoléon et Joséphine est donc célébré en toute hâte au palais des Tuileries, la veille du sacre. Sur le parvis de Notre-Dame, de nombreuses maisons ont été expropriées pour aménager une vaste place où la foule pourra admirer le cortège. Pour masquer les mutilations subies par la cathédrale sous la Révolution, les architectes Charles Percier et Pierre Fontaine conçoivent un grand décor éphémère.

Jacques-Louis David, Sacre de l’empereur Napoléon et couronnement de l’impératrice Joséphine, 1806, huile sur toile, 621 x 979 cm, Paris, Musée du Louvre © Wikimedia Commons

À l’extérieur, un grand porche de style gothique, orné des statues des trente-six villes représentées au sacre et d’allégories, est dressé devant la façade de la cathédrale. Les figures tutélaires de Clovis et Charlemagne en gardent l’entrée. Deux galeries ornées de tapisseries des Gobelins rejoignent les entrées latérales du sanctuaire. Au chevet, un vaste vestibule en forme de tente, lui aussi orné de tapisseries, conduit au grand escalier menant à l’archevêché. À l’intérieur, trois rangs de tribunes sont aménagés sur le pourtour de la nef et du chœur. Le trône du pape, surélevé de onze marches, est placé à droite de l’autel. Le trône de l’empereur, deux fois plus haut, s’abrite sous un arc de triomphe colossal. Il est disposé à l’extrémité occidentale de la nef, au plus loin de l’autel. S’il convoque pour sa gloire la pompe de l’Église, Napoléon marque ses distances, refusant de « s’agenouiller devant Rome » … Au milieu du chœur, les fauteuils destinés au couple impérial, leurs prie-Dieu et « carreaux » (coussins) de velours cramoisi brodés d’abeilles sont disposés sous un dais de velours bleu aussi brodé d’abeilles. L’église est entièrement tendue de soie, de velours et de drap bordés de franges, décorée de tapis, de lustres, d’armoiries.

Nicolas-Noël Boutet, Jean-Baptiste, Claude Odiot, Marie-Étienne Nitot et François-Régnault Nitot, Épée du premier consul puis de l’empereur dite « épée du Sacre », 1801 et 1812, acier, acier bleui, or, jaspe sanguin et cristal de roche, H. 96 cm, Musée national du château de Fontainebleau, musée Napoléon Ier © Rmn-Grand Palais

Paris, devenue forteresse impériale pour une nuit

Dans la nuit, Paris connaît un extraordinaire déploiement militaire. Dès 6 heures du matin, les députations de l’armée et les représentants de la Garde nationale se rendent à la cathédrale, suivis par les grands officiers de la Légion d’honneur, les magistrats, les maires des trente-six villes, les préfets, les généraux et commandants de divisions militaires et tous les grands serviteurs de l’État. Regroupés au Palais de justice, ils viennent à pied. Puis le Sénat, le Conseil d’État, le Corps législatif, le Tribunat quittent leurs palais respectifs pour se rendre à leur tour à la cathédrale. Arrivent ensuite le corps diplomatique, les princes étrangers… Les maîtres de cérémonie et leurs aides conduisent chacun à sa place.

Merry-Joseph Blondel, Napoléon visitant le Palais Royal pour l’ouverture du Tribunat en 1807, 1834, Paris, Palais-Royal, © Wikimedia Commons

Tous les costumes ont été spécialement créés pour la cérémonie sur les dessins du peintre Isabey, peut-être assisté par David. Le cortège pontifical comprend dix voitures, encadrées par quatre escadrons de dragons. Composé de vingt-cinq voitures transportant ministres, princes et princesses, grands dignitaires du régime, celui de Napoléon et Joséphine est escorté par quatre escadrons de carabiniers, quatre de cuirassiers et par les chasseurs de la Garde et les mamelouks, avec à leur tête, Murat, gouverneur de Paris. Les moindres gestes de la cérémonie ont été minutieusement répétés, selon une étiquette digne de Louis XIV. Le maréchal Murat porte sur un coussin la couronne de l’impératrice, Kellermann la couronne dite de Charlemagne destinée à l’empereur, Pérignon le sceptre, Lefèvre l’épée de Charlemagne, Bernadotte le collier de l’empereur, Berthier le globe impérial…L’empereur déjà couronné et l’impératrice en grand manteau du sacre sont conduits à travers la nef par le cardinal de Belloy, archevêque de Paris et le cardinal Cambacérès, sous un dais porté par les chanoines, au son d’une marche triomphale. Exécutée par cinq cents musiciens et choristes, la musique est un élément essentiel de la pompe impériale.

Charles Bance le Jeune, Voiture de la cérémonie du Sacre de Napoléon 1er, 1804, gravure, aquarelle (Boulogne-Billancourt, bibliothèque Paul-Marmottan).

Une étiquette digne de Louis XIV

Agenouillés au pied de l’autel, l’empereur puis l’impératrice reçoivent du pape la triple onction, sur la tête et les mains. Le pape donne à Napoléon les insignes du pouvoir déposés sur l’autel. L’empereur se couronne lui-même puis couronne l’impératrice. La grand-messe pontificale commence, accompagnée d’une musique de Paisiello. À l’issue de cette longue cérémonie, les cortèges regagnent les Tuileries à travers Paris pavoisé.

François Gérard, Napoléon Ier, empereur des Français,1808, huile sur toile, 225,5 x 145,5 cm, Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon

Les jours suivants, réceptions et fêtes officielles se succèdent, mais aussi, dans la France entière, réjouissances populaires, bals, illuminations, distributions de nourriture. Quelque temps plus tard, l’archevêque de Paris, attire l’attention de Napoléon sur les dégâts causés à Notre-Dame par « l’auguste cérémonie de son couronnement ». Les travaux sont confiés à ceux qui les avaient causés, Percier et Fontaine. En octobre 1804, profitant de circonstances favorables, Mgr de Belloy obtient la restitution à l’évêché de la Couronne d’épines et des reliques du trésor de la Sainte-Chapelle saisies en 1791. Au terme d’une minutieuse enquête visant à établir son identité, la Couronne d’épines est transférée en grande pompe à Notre-Dame le dimanche 10 août 1806.

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