une vie en quête d’harmonie

Né à Banyuls-sur-Mer, fils d’un commis marchand d’étoffe et d’une employée de magasin, Aristide Maillol (1861-1944) manifeste dès le collège ses dons de dessinateur. À vingt ans, il copie des plâtres au musée Hyacinthe Rigault de Perpignan avant de tenter sa chance à Paris. Il ne pense alors qu’à une chose, la peinture. Élève libre à l’École des beaux-arts, il sympathise avec le peintre Achille Laugé, son compatriote. Avec Bourdelle, rencontré quelques années plus tard, ils forment pendant cette période de misère un trio inséparable. En 1883, Maillol entre à l’École des arts décoratifs. Ses bons résultats lui valent une bourse du conseil général des Pyrénées-Atlantiques. En 1885, il est reçu au concours de l’École des beaux-arts. « Nous y avions le modèle vivant, j’y ai beaucoup dessiné », et voilà tout !

Une passion pour la tapisserie médiévale

Lié à Bourdelle, il découvre grâce au peintre Georges-Daniel de Monfreid avec qui il se lie d’amitié, l’exposition organisée par Gauguin au Café Volpini (1889). C’est une révélation : « Devant les tableaux de Pont-Aven, je sentais que je pouvais travailler dans cet esprit. » Lors de ses séjours annuels à Banyuls, il dessine et peint dans ce paysage admiré. À Paris, il fréquente le Louvre et le musée de Cluny où il se découvre une passion pour la tapisserie médiévale. Il monte un atelier de tapisserie à Banyuls, recrutant quelques ouvrières qui brodent d’après ses cartons : « Je n’ai pas trouvé mon expression dans la peinture, je l’ai trouvée dans la tapisserie. » L’une de ses brodeuses, Clotilde Narcisse, deviendra Madame Maillol et posera plus tard pour le sculpteur.

Aristide Maillol, Concert de femmes, dit aussi Concert champêtre ou La Musique, 1895, broderie à l’aiguille, H. 160, L. 208 cm, Copenhague, Design Museum © Design Museum Denmark, Copenhague © Pernille Klemp

De retour à Paris, Maillol sculpte le berceau du fils de Bourdelle. En 1895, ses premiers bois sculptés sont exposés au salon de la société nationale des Beaux-Arts, ainsi que des céramiques. Ami des Nabis, il fait grâce à Vuillard la connaissance du marchand Ambroise Vollard. Celui-ci édite de petits bronzes à partir de ses terres cuites. En 1902, la galerie expose une trentaine de ses œuvres, tapisseries, objets, sculptures. Critique influent, Octave Mirbeau achète deux statuettes. Grâce à lui, Maillol est introduit chez Rodin. La Revue Blanche lui consacre deux articles. Maillol est lancé !

Premiers éloges

L’année suivante, son bas-relief Femme au bain est remarqué au Salon. L’artiste s’installe à Marly, se rapprochant ainsi de ses amis Maurice Denis et Ker-Xavier Roussel. Il appartient à ce cénacle qui compte aussi Vuillard, Bonnard, et Valtat. Mirbeau souhaite lui confier le monument à Zola mais le sculpteur est écarté par le comité. « Il est affligeant de penser qu’un tel homme est encore à peu près ignoré » soupire l’écrivain, amer. Il publie en 1905 un long éloge de Maillol.

Aristide Maillol, Méditerranée, 1905 (modèle en plâtre), 1923-1927 (marbre), Marbre, H. 110,5, L. 117,5, P. 68,5 cm, Paris, musée d’Orsay, © RMN-Grand Palais (Musée d’Orsay) / Thierry Ollivier, Service presse/Musée d’Orsay

Cette même année, la présentation du plâtre de Méditerranée au Salon d’automne marque l’envol de la carrière de Maillol. Un jeune esthète allemand fortuné, le comte Kessler le prend sous son aile. Sollicité pour le monument à Auguste Blanqui, Maillol crée une allégorie puissante et farouche, L’Action enchaînée. Première sculpture monumentale, elle est aussi la seule à exprimer le mouvement. En 1907, il achève Désir, bas-relief en plomb commandé par Kessler et entreprend, à la demande du comte, Le Cycliste, un de ses rares nus masculins.

Dans la tourmente de 14-18

L’année suivante, le mécène l’invite à voyager en Grèce en compagnie du poète Hugo von Hofmannsthal. Devant l’Acropole, Maillol contemple « des choses divines ». En 1910, son opulente Pomone se dresse en haut de l’escalier du Salon d’automne : « J’ai voulu produire une sensation de force vivante, celle d’une jeune Catalane, très ample de formes. Une Parisienne ne m’aurait jamais donné cela. » Ivan Morozov l’achète et commande trois autres statues pour constituer l’ensemble des « Saisons ». Maillol entre ainsi dans l’une des plus prestigieuses collections d’art moderne du siècle.

Aristide Maillol, Pomone, 1910 (modèle), 1922 au plus tard (fonte), bronze, H. 163 cm, Prague, National Gallery, © National Gallery Prague 2021

À l’été 1914, peu avant le déclenchement de la guerre, Kessler envoie un télégramme à Maillol : « Enterrez vos statues ; dans quinze jours, nous serons à Paris. » Soupçonné d’intelligence avec l’ennemi, Maillol subit une humiliante perquisition. La papeterie de Montval créée avec l’aide du mécène pour ses éditions d’art est soupçonnée par la droite nationaliste d’abriter des obus allemands. La population y met le feu et menace l’atelier de Marly… Affecté par ce terrible épisode, et par la mobilisation de son fils Lucien, Maillol ne retourne à ses travaux qu’en 1918.

Une renommée internationale

La sérénité retrouvée, il donne naissance à une série de grandes figures aux formes pleines, la Jeune Fille au bain, Vénus, Île-de-France. Il achève son Monument à Cézanne, commande d’avant-guerre refusée par Aix-en-Provence. Une version en pierre en sera installée à Paris, dans le jardin des Tuileries, en 1929. D’autres statues commémoratives voient le jour, comme le Monument à Debussy, à Saint-Germain-en-Laye. Pour sa Catalogne natale, Maillol édifie plusieurs monuments aux morts de la guerre. Créée pour le monument de Céret, la figure de La Douleur inspirera la belle figure drapée d’un mausolée privé au cimetière de Bâle, ville qui lui consacre une rétrospective en 1933.

Aristide Maillol, Île-de-France, dit aussi La Baigneuse, ou La Parisienne, ou La Jeune Fille qui marche dans l’eau, entre 1925 et 1933, Pierre, H. 152, L. 50 ; P. 55 cm, Roubaix, musée d’Art et d’Industrie André-Diligent –La Piscine, dépôt du musée d’Orsay, © RMN-GP (musée d’Orsay) / A. Didierjean, Service presse/Musée d’Orsay

La renommée de Maillol est désormais internationale. À Paris, l’exposition « Les Maîtres de l’art indépendant » organisée dans le cadre de l’Exposition internationale des arts et techniques ne lui consacre pas moins de trois salles. On y admire notamment le groupe des Trois Nymphes que Maillol renonce à intituler les Trois Grâces car « elles sont trop puissantes ». En 1938, Maillol conçoit L’Air, hommage de la ville de Toulouse aux pilotes de l’Aéropostale.

Une réputation longtemps ternie

Pendant la Seconde Guerre mondiale, replié dans son atelier de Banyuls, il réalise sa dernière grande figure, Harmonie, posée par Dina Vierny, son modèle et sa muse. En 1943, lorsque celle-ci, engagée dans la Résistance, est arrêtée, Maillol s’adresse au sculpteur Arno Breker : « Breker, sauvez mon modèle. Vous savez bien que si je ne peux pas finir ma statue, je ne peux pas vivre. » Breker est, depuis les années 1920, un grand admirateur du maître. Mais il est devenu le sculpteur officiel du IIIe Reich. L’année précédente, Maillol a eu l’imprudence d’assister à l’inauguration de l’exposition Breker à l’Orangerie. Cet épisode a durablement terni sa réputation. Il faudra toute l’énergie de Dina Vierny pour rendre à Maillol sa place dans l’art de son siècle.

Exposition « Aristide Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie »
Musée d’Orsay
Esplanade Valéry Giscard d’Estaing, 75007 Paris
www.musee-orsay.fr
Jusqu’au 21 août 2022

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