regards contemporains à l’Institut des cultures d’Islam

L’exposition « Silsila, le voyage des regards » interroge les notions de transmission et de représentation des souvenirs, des symboles et des rituels. 

Jusqu’au 31 juillet 2022, l’Institut des Cultures de l’Islam présente « Silsila, le voyage des regards ». L’exposition Silsila (« la chaîne » en arabe), répartie entre la rue Léon et la rue Stephenson à Paris, raconte les liens entre les êtres et interroge sur la question de la transmission. Treize artistes venus du Liban, d’Algérie ou du Maroc ont été choisis par Bérénice Saliou pour présenter leur héritage à travers leurs œuvres. Une exploration à la tonalité mémorielle, une réminiscence pour des artistes qui vivent en France et dont l’histoire personnelle ou familiale s’inscrit dans un parcours migratoire.

Maillons singuliers

Toutes les formes de liens sont ici étudiées. Qu’il s’agisse de la transmission des biens matériels par héritage ou des connaissances, du passage d’un texte d’une époque à une autre, du remploi d’un motif ou d’un sujet. Quinze manières singulières d’aborder, plus ou moins directement, les notions de filiation et de transmission. Ici, Himat M. Ali recouvre et illustre les poèmes du poète Adonis, évoquant le voyage des déracinés.

Dialogues (2020-2021) de Himat M. Ali avec des poèmes d’Adonis, présentés dans l’exposition « Silsila. Le voyage des regards » à l’Institut des Cultures de l’Islam, Paris, 2022, © Guy Boyer

Symboles réinterprétés

Parmi les travaux de nombreuses artistes femmes se détachent les petits tableaux de Dalila Dalléas Bouzar. Il s’agit d’autoportraits réalisés dans la pure tradition de ce genre classique mais l’artiste en profite pour souligner les rapports de domination imposés par son environnement. Tantôt bâillonnée, tantôt outrageusement maquillée, elle exhibe sa condition sociale, qui lui impose la soumission.

Autoportraits (2018) de Dalila Dalléas Bouzar, présentés dans l’exposition « Silsila. Le voyage des regards » à l’Institut des Cultures de l’Islam, Paris, 2022, © Guy Boyer

L’histoire de l’art revue et corrigée

Il est encore ici question de réinterprétation de la tradition avec cette reprise du sujet de l’odalisque. Rayan Yasmineh, que l’on a vu récemment aux Beaux-Arts de Paris, portraiture son frère en masculine Olympia, allongée sur des coussins et tapis aux motifs orientaux. Peignant avec une technique à l’huile très occidentale mais avec la précision des miniatures persanes, il s’amuse à mixer les cultures et à provoquer le regard.

Le Songe de Gilgamesh (2021) de Rayan Yasmineh, présenté dans l’exposition « Silsila. Le voyage des regards » à l’Institut des Cultures de l’Islam, Paris, 2022, © Guy Boyer

Silence en héritage

Réunissant les travaux de trois artistes (Ymane Fakhir, Randa Maroufi et Ouassila Arras), la salle intitulée « Le silence en héritage » décrit la transmission du patrimoine. Si la première évoque le partage inégal de l’héritage entre les enfants des deux sexes, la seconde raconte les histoires familiales à partir de souvenirs personnels. Enfin, Ouassila Arras, avec ses tapis dénoués qu’elle nomme des photos de famille, rappelle l’histoire de sa mère, qui tissait en Algérie.

Photos de famille (2018) de Ouassila Arras, présentés dans l’exposition « Silsila. Le voyage des regards » à l’Institut des Cultures de l’Islam, Paris, 2022, © Guy Boyer

Souvenirs d’Orient

La dernière salle est dédiée aux dessins de M’barka Amor reprenant les silhouettes stylisées figurant sur les étiquettes de paquets de semoule ou de henné. On reconnaît une danseuse voilée, une fenêtre orientale, des cerfs affrontés. Des traces de peinture coulent sur le mur et sur les feuilles blanches ornées de ces motifs publicitaires de produits de consommation, comme s’ils étaient voués à disparaître. En fond sonore, l’artiste diffuse les dernières paroles de son père. Le souvenir intime s’oppose ainsi aux souvenirs d’un exotisme désuet.

Les Orientales (2021) de M’barka Amor, présentées dans l’exposition « Silsila. Le voyage des regards » à l’Institut des Cultures de l’Islam, Paris, 2022, © Guy Boyer

« Silsila, le voyage des regards »
Institut des Cultures d’Islam
56, rue Stephenson, 75018 Paris
01 53 09 99 84
www.institut-cultures-islam.org
du 31 mars au 31 juillet 2022

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