les enfants migrants de Mayotte dans l’objectif de Laura Henno

Au Palais de Tokyo, l’installation vidéo de Laura Henno se penche sur les conditions de survie de jeunes migrants à Mayotte.

Depuis ses débuts, Laura Henno pose son regard sur les existences à la marge, les adolescents fragiles, les jeunes migrants isolés. Par une approche artistique ancrée dans le réel, elle tente de comprendre comment se constitue la résistance de ces invisibles, en réaction à des situations géopolitiques et postcoloniales difficiles. L’instauration d’un visa, depuis 1995, pour les Comoriens souhaitant aller à Mayotte, a entraîné une immigration clandestine massive. Laura Henno a rencontré ces bandes de jeunes livrés à eux-mêmes qui réinventent leur vie en attendant de voir leur situation régularisée. Du 14 avril au 2 septembre, le Palais de Tokyo à Paris expose ses films et ses photographies réalisés entre 2016 et 2022 dans l’archipel des Comores, et dévoile une œuvre qui mêle approche documentaire et récits fictionnels.

Résistances et survie des communautés marginales

Projet au long cours entamé en 2009 lors de la crise migratoire à Calais, Laura Henno le poursuit en 2013 à 2021 par de longs séjours à Mayotte où elle fait la connaissance d’un très jeune passeur, Patron, âgé de 12 ans. Une amitié se crée et elle élabore un projet réunissant portraits photographiques et films. « Pour moi la complexité géopolitique entre les Comores et Mayotte est telle que j’ai choisi de croiser plusieurs projets, de suivre des personnages différents qui se croisent sur ce même territoire. » C’est ce que montre l’exposition « Ge Ouryao! Pourquoi t’as peur ! » au palais de Tokyo, sous la forme d’une installation regroupant des photographies et trois films.

Laura Henno, La meute, Mayotte, 2018, Série Djo C, 120 x 150 cm, Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris-Bruxelles ©Laura Henno

Le premier, Koropa (2016), multi récompensé, raconte la vie de Patron et de son ami Ben, apprenti passeur. Egalement récompensé, Djo (2018) suit Smogi et ses chiens qu’il retrouve la nuit par des incantations qui font appel à la puissance de la terre et des esprits. Enfin Ge Ouryao ! (2018) (interjection du temps des colonies), est le cri de ralliement d’un gang de jeunes Comoriens de 10 à 20 ans, les Boucheman, qui recréent avec leur meute de chiens des espaces de survie, de défense et de liberté. Ces images d’une beauté grave révèlent leur indéniable présence au monde.

Laura Henno, Fayal, Comores, 2017, série M’Tsamboro, les pilotes, 100 x 150 cm, Courtesy galerie Nathalie Obadia, Paris-Bruxelles ©Laura Henno

En bref

1976
Naissance de Laura Henno à Croix, dans les Hauts-de-France.

1998-2001
Études de photographie à l’Ensav de La Cambre.

2001-2003
Formation de cinéma à l’École du Fresnoy.

2007
Lauréate du Prix Découverte des Rencontres internationales de la photographie d’Arles.

2011
Exposition personnelle au Finnish Museum of Photography d’Helsinki, Finlande.

2019
Lauréate du Prix Sam pour l’art contemporain, Paris ; pour Djo, prix du Jury au Champs-Élysées Film Festival Paris

2021
Exposition personnelle à la galerie Nathalie Obadia, Paris, qui la représente.

2022
Pensionnaire de la Villa Albertine à Slab City, Californie, États-Unis.

À voir

L’exposition « Ge Ouryao ! Pourquoi t’as peur ! »
Palais de Tokyo
13, avenue du Président-Wilson, 75016 Paris
palaisdetokyo.com
du 14 avril au 2 septembre

À savoir

Laura Henno est représentée par la galerie Nathalie Obadia, www.nathalieobadia.com

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