Tours fête Antoine Coypel à l’occasion du tricentenaire de sa mort

Jusqu’au 18 avril, le musée des Beaux-Arts de Tours célèbre avec l’aide de la Bibliothèque nationale de France le tricentenaire de la mort d’Antoine Coypel (1661-1722). Hormis quelques portraits et scènes mythologiques, l’exposition vaut le détour pour la reconstitution de la galerie d’Enée au Palais-Royal, un décor malheureusement disparu.

Pour le tricentenaire de la disparition du peintre d’histoire Antoine Coypel (1661-1722), le musée des Beaux-Arts de Tours célèbre ses nombreux tableaux et décors monumentaux. En partenariat avec la BnF, l’exposition met en lumière un artiste tombé dans un oubli relatif. Connu pour la décoration du plafond de la chapelle du château de Versailles (1716), il nous livre une œuvre immense. Bercé par l’Antiquité, la Renaissance et le baroque, il produisit de nombreuses compositions virtuoses alliant la finesse du dessin à des coloris vifs. Jusqu’au 18 avril, l’exposition « Le Théâtre de Troie. Antoine Coypel, d’Homère à Virgile » au musée des Beaux-Arts de Tours revient sur la « superstar de son époque », comme le note Hélène Jagot, la directrice des Musées et Château de Tours.

Premier Peintre du Roi

Formé auprès de son père Noël Coypel, directeur de l’Académie de France à Rome, Antoine Coypel reçoit sa première commande pour la cathédrale Notre-Dame de Paris à l’âge de dix-neuf ans. Membre de l’Académie royale de peinture et de sculpture, il en devient le directeur en 1714. L’année suivante, il est nommé Premier Peintre du roi auprès du Régent, qui succède à Louis XIV. Il peint le plafond de la chapelle du château de Versailles, orné d’une envolée baroque très virtuose décrivant Dieu le Père dans sa gloire.

Détail de l’Autoportrait (1715) d’Antoine Coypel, présenté dans l’exposition « Le Théâtre de Troie. Antoine Coypel, d’Homère à Virgile », musée des Beaux-Arts de Tours, 2022 ©Guy Boyer

Elégantes mythologies

Au Salon de 1699, Antoine Coypel présente deux élégantes scènes mythologiques : Vénus qui donne des armes à Enée et La Ceinture de Junon, représentant Junon ensorcelant Jupiter grâce à une ceinture de Vénus. Fier de ses compositions, Coypel en fait des répliques et demande à Gaspard Duchange de les graver. Les corps des protagonistes se répondent dans un savant jeu de diagonales et de parallèles.

De droite à gauche : Jupiter et Junon sur le mont Ida (vers 1700) d’Antoine Coypel et sa gravure (vers 1700) de Gaspard Duchange, présentés dans l’exposition « Le Théâtre de Troie. Antoine Coypel, d’Homère à Virgile », musée des Beaux-Arts de Tours, 2022 ©Guy Boyer

Les décors du Palais-Royal à l’honneur

Le décor le plus important réalisé par Antoine Coypel est la galerie d’Enée au Palais-Royal, malheureusement détruite lors de la construction de la Comédie-Française à la fin du XVIIIe siècle. Coypel avait peint le plafond de 1701 à 1705, puis les murs en 1715. Grâce aux prêts de gravures de la Bibliothèque nationale, il est possible d’imaginer le récit complet de l’Enéide, qui se déroulait du sol au plafond de cette galerie longue de 46 mètres.

Antoine Coypel, L’Olympe, Esquisse pour le plafond de la galerie d’Enée du Palais-Royal, 1702, huile sur toile, 95 x 195 cm (sans cadre) ; 114 x 215 cm (encadré), Angers, musée des Beaux-arts © Musées d’Angers / P. David

Ayant compris l’importance de la gravure pour la diffusion de son œuvre, Coypel commande à Nicolas-Henri Tardieu la gravure de son plafond de la galerie d’Enée représentant l’Assemblée des Dieux et Vénus implorant Jupiter. Tout autour, des scènes annexes racontent le récit des aventures d’Enée et mettent en scène Junon, Eole, Neptune et Bellone, la déesse de la guerre.

Antoine Coypel, Junon commandant à Éole de déchaîner les vents sur Énée, vers 1702, esquisse pour la Galerie d’Énée au Palais Royal, huile sur toile, 36 x 60 cm Arles, Musée Réattu ©Hervé Hôte

Des illustrations de l’Illiade

Avec son pendant Les Adieux d’Hector et Andromaque, La Colère d’Achille a sans doute été conçue par Coypel pour Philippe d’Orléans. On reconnaît ici à gauche Ulysse appuyé sur son bouclier et Agamemnon, qui a pris la captive Briséis à Achille. Celui-ci, à droite, tire son épée. Au-dessus du groupe, la déesse Athéna veut calmer Achille mais, contrairement au texte d’Homère, elle ne le retient pas par les cheveux car ce geste est alors considéré comme inconvenant (la chevelure est le symbole de force et de virilité). Ce tableau inspiré de l’Iliade a ensuite été décliné en gravure, objets d’art et tapisserie.

Antoine Coypel, La Colère d’Achille, vers 1711, huile sur toile, 117,5 x 210 cm, Tours, musée des Beaux-arts © musée des Beaux-arts de Tours / Dominique Couineau

Cette petite exposition Coypel est complétée par un épilogue dédié à la colère d’Achille. Le sujet, traité par Coypel, est par deux fois soumis aux candidats du Prix de Rome aux Beaux-Arts au XIXe siècle. D’abord en 1810 (on voit d’ailleurs dans l’exposition l’huile de Michel-Ange Drolling récompensée par le jury), puis en 1881. L’œuvre de Fournier respire le néo-grec furieusement à la mode dans ces années-là. Il opte pour une composition en frise à l’antique et propose une reconstitution du mobilier et des costumes. Nous sommes désormais bien loin de la Troie théâtrale de Coypel. Au recueillement tragique succède la grandiloquence des Boulevards !

Louis-Paul-Edouard Fournier, La colère d’Achille, 1881, huile sur toile, 113 x 145 cm Paris, École nationale supérieure des Beaux-arts © Beaux-arts de Paris, Dist. RMN-Grand Palais / image Beaux-arts de Paris

Exposition « Le Théâtre de Troie. Antoine Coypel, d’Homère à Virgile »
musée des Beaux-Arts de Tours
18 Pl. François Sicard, 37000 Tours
mba.tours.fr

Jusqu’au 18 avril

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