Issachar Ber Ryback, un artiste entre avant-garde moderniste et folklore juif

Artiste central de la renaissance de l’art juif en Russie, Issachar Ryback est pourtant méconnu de nos contemporains. Deux galeries parisiennes mettent à l’honneur ses œuvres au service d’une iconographie marquée par l’art populaire juif et les lettres hébraïques.

Emblématique de la renaissance de l’art juif en Russie, Issachar Ber Ryback (1897-1935) bénéficie d’une riche actualité qui permet d’aborder les multiples aspects de son travail. En effet, grâce au prêt exceptionnel du musée de Bat Yam (Israël), le musée d’Art et d’histoire du Judaïsme propose de découvrir, au sein du parcours des collections, un ensemble d’œuvres de jeunesse de l’artiste. En contrepoint de cet accrochage muséal, une exposition monographique conjointe dans deux galeries, Le Minotaure et Alain Le Gaillard, organisée en collaboration avec le musée Ryback (Bat Yam, Israël) et le MahJ, se concentre sur la période avant-gardiste de l’œuvre de Ryback, entre 1917 et 1926, année de son arrivée à Paris.

Toutes les facettes de l’esprit yiddish

Ryback a cherché à concilier tradition et modernité, combinant les innovations picturales du cubisme et du futurisme avec l’art populaire, comme le font dans les mêmes années El Lissitzky, Boris Aronson ou Nathan Altman. Né en Ukraine, l’artiste suit ses études dès 1911 à l’Académie des beaux-arts de Kiev puis, en 1916, il part en mission avec El Lissitzky pour étudier l’art et l’architecture des synagogues à Moscou. À Paris où il s’installe en 1926, il fréquente Chagall, Soutine et Modigliani, et son atelier devient un lieu de rencontre et d’échanges pour les artistes et intellectuels. Tout naturellement, il rejoint l’École de Paris, qui réunit un nombre important d’artistes d’origine juive venus d’Europe de l’Est et de Russie. Sa notoriété s’affirme dès le début des années 1930, et Ryback prend peu à peu ses distances avec le cubisme pour s’attacher aux thématiques liées au folklore juif et à l’histoire – avec la série Pogroms par exemple – et développer toutes les facettes de l’esprit yiddish.

Issachar Ber Ryback, La Vieille Femme et la Chèvre, 1918-1923, 160 x 107 cm ©Ryback collection / The Bat Yam museum for contemporary art / Elad Sarig

Si la grammaire de La Vieille Femme et la Chèvre est celle des avant-gardes modernistes, son iconographie témoigne de la culture yiddish des populations juives de Vilnius à Odessa. La chèvre est au centre du bestiaire des chansons populaires, des comptines et des romans. L’alphabet hébreu est convoqué ici pour sa force graphique et sa valeur symbolique. Et la lettre mise en avant, Shin, représente le nom de Dieu sur les mezouzah, boîtiers contenant des fragments de la Thora qui marquent les seuils dans les demeures juives.

À voir

« Ryback »
Galerie Le Minotaure, 2, rue des Beaux-Arts, 75006 Paris
www. galerieleminotaure.net
et galerie Alain Le Gaillard, 19, rue Mazarine, 75006 Paris
www.alainlegaillard.com
du 26 mars au 4 juin

« Accrochage Issachar Ber Ryback »
Musée d’Art et d’histoire du Judaïsme (MahJ), 71, rue du Temple, 75003 Paris
www.mahj.org
du 8 mars au 31 décembre

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