record annoncé pour un dessin inédit de Michel-Ange estimé 30 millions d’euros

Christie’s Paris propose aux enchères un exceptionnel dessin de jeunesse de Michel-Ange d’après Masaccio. Redécouverte en 2019, l’œuvre est d’ores et déjà estimée 30 millions d’euros.

Ce dessin à la plume et à l’encre brune, intitulé Un jeune homme nu entouré de deux autres figures, est probablement la première étude de nu connue de Michel-Ange (1475-1564). Selon les experts, il appartient en effet à la production de jeunesse de l’artiste et pourrait dater de la fin du XVe siècle. Conservée dans une collection privée française, cette feuille n’a été redécouverte qu’en 2019 et classée temporairement comme trésor national. Proposée aux enchères chez Christie’s à Paris le 18 mai prochain, elle est estimée 30 millions d’euros. À ce jour, le record mondial pour une œuvre de Michel-Ange est détenu par une Étude d’homme nu, adjugée à Londres le 4 juillet 2000 à plus de 8 millions £ (soir environ 12 millions de dollars).

Trésor national…et puis s’en va

« Depuis la découverte en 2001 d’un dessin de Michel-Ange au Castle Howard, aujourd’hui conservé au J. Paul Getty Museum, un dessin d’une telle beauté et d’une aussi grande importance, par l’une des figures majeures de l’histoire de l’art n’avait pas ressurgi “, explique Stijn Alsteens, Directeur international, Département des Dessins anciens chez Christie’s. Vendue anonymement en 1907 à l’Hôtel Drouot à Paris comme une œuvre de l’école de Michel-Ange, cette étude compte parmi les rares œuvres du maître à être conservée en mains privées. Elle a été authentifiée en 2019 à l’occasion d’une vente aux enchères par Furio Rinaldi, alors spécialiste du département des dessins anciens de Christie’s, et son attribution a été notamment corroborée par Paul Joannides, professeur émérite d’histoire de l’art à l’Université de Cambridge et auteur des catalogues complets de dessins de Michel-Ange. 

Michel-Ange Buonarroti (1475-1564), Un jeune homme nu (d’après Masaccio) entouré de deux autres figures, plume et encre brune, 33 x 20 cm©Christie’s

La Commission consultative des trésors nationaux était alors intervenue afin de suspendre le certificat d’exportation de l’œuvre en la classant “trésor national”. Au terme du délai légal de 30 mois, au cours desquels l’État ne s’est pas porté acquéreur du dessin, ce dernier peut de nouveau être présenté aux enchères et proposé aux collectionneurs du monde entier. Compte tenu de la rareté de cette feuille et de son importance au regard de l’histoire de l’art, il est de fait regrettable qu’il n’ait pu intégrer les collections publiques françaises.

Michel-Ange admirateur de Masaccio

Exécutée dans le courant des années 1490, cette étude physionomique témoigne de la formation artistique du jeune Michel-Ange qui copiait assidûment les grands maîtres du passé ou de la tradition florentine plus récente. Ici, la figure centrale reprend l’un des personnages du Baptême des néophytes, une fresque réalisée par Masaccio (1401-1428), figure fondatrice de la Renaissance italienne, dans la chapelle Brancacci de l’église florentine Santa Maria del Carmine entre 1425 et 1427.

Masaccio, Le Baptême des néophytes, 1425-1426, 255 x 162 cm, chapelle Brancacci, église Santa Maria del Carmine, Florence, Italie ©️ Wikimedia commons

Dans sa vie de Michel-Ange, publiée en 1568, Giorgio Vasari explique que le jeune artiste a passé plusieurs mois à copier les décors de cette « chapelle sixtine de la première Renaissance », selon les mots du grand historien d’art Bernard Berenson. « Ces relevés étaient faits si judicieusement, dit-il, qu’ils faisaient l’admiration des praticiens, des gens de métier, et que la jalousie se développait de pair avec sa renommée ». Seul un petit groupe de dessins nous est parvenu qui témoignent de cette période et de l’admiration de Michel-Ange pour Masaccio. Bien qu’il s’agisse d’une œuvre de jeunesse, on devine déjà le style robuste et puissance qui caractérisera la manière de l’artiste. Comme l’explique Stijn Alsteens : « ce dessin est l’un des plus remarquables parmi moins de dix feuilles de Michel-Ange encore en mains privées, et deviendra une œuvre incontournable pour toute étude sur les débuts de la longue carrière de l’artiste ».

Deconstructing Michelangelo’s process from a Sistine Chapel study | Art, Explained

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