10 livres d’art à dévorer en avril

Quelques pages d’un livre suffisent à dépayser, à faire rêver… et à cultiver les esprits. Les livres d’art offrent la parfaite occasion de combler les curieux. Pour le printemps, de nombreux ouvrages raviront les néophytes comme les passionnés les plus aguerris. Vous appréciez les histoires de Picasso ? L’écrivaine et curatrice Laurence Madeline consacre un ouvrage aux relations entre le maître cubiste et Marie-Thérèse Walter, compagne du peintre entre 1927 et 1935. La défense du patrimoine vous interpelle ? Chloé Demonet raconte 100 ans d’actions et de combats au service du patrimoine. Enfin, découvrez la scène africaine du XXIe siècle à travers les créations de 52 artistes mis en lumière dans un ouvrage aux éditions du Chêne. Connaissance des arts a sélectionné pour vous 10 livres d’art à savourer en avril.

Grecques tardives

Plus de 500 statues, statuettes et reliefs constituent la collection de sculptures grecques impériales du Louvre. Parmi ces œuvres datant du Ier siècle avant Jésus-Christ au IVe siècle après et créées en Grèce ou dans les différentes provinces hellénisées, figurent le monumental Jupiter de Smyrne, les portraits de Marc Aurèle et d’Hérode Atticus de la plaine de Marathon et l’immense statue de Chairopoléia, restaurée en Uranie. On y retrouve également de nombreuses déclinaisons de chefs-d’œuvre classiques tels que l’Apollon Lycien, l’Aphrodite de Cnide ou le Satyre au repos de Praxitèle, des stèles funéraires et des éléments d’architecture de sites célèbres. Ce volume, à l’initiative d’Alain Pasquier et Ludovic Laugier, est le troisième du catalogue raisonné consacré aux sculptures grecques du Louvre après un premier tome sur les sculptures préhelléniques et grecques du IIIe millénaire av. J.-C.au IVe siècle av. J.-C., et le deuxième sur la sculpture hellénique entre la fin du IVe siècle et le Ier siècle av. J.-C. L’un des bonus de ce catalogue raisonné est l’histoire de cette collection de marbres depuis Louis XIV, écrite par l’ancien président du Louvre, Jean-Luc Martinez. Pour les amateurs de l’histoire du Louvre, celle de la présentation de ces trésors méconnus est passionnante tant ils gagnent en visibilité depuis 2012 et la création d’une section sur les antiquités de l’Orient méditerranéen hellénisé à l’époque romaine.

Les sculptures grecques de l’époque impériale, la collection du musée du Louvre, par Ludovic Laugier, coéd. Louvre/El Viso, 688 pp., 1100 ill., 95€

Chairs lettres

Depuis L’Art poétique d’Horace, le thème de la correspondance entre art et littérature a fait couler des flots d’encre… Pourtant, cette anthologie sur le thème du corps vous captivera ! Son autrice, Emmanuelle Hénin, est professeure de littérature comparée à Sorbonne Université, spécialiste de la théorie artistique en Europe aux XVIe-XVIIe siècles. Voilà pour la compétence! Il fallait encore l’étincelle d’une grande sensibilité pour faire vivre cette confrontation, souvent subjective, entre œuvres d’art et extraits littéraires, philosophiques, anthropologiques, bibliques. Le résultat est une magnifique introduction à l’art de regarder l’art, publiée par Citadelles & Mazenod (qui appartient au même groupe que « Connaissance des Arts »). Confrontés à la méthode Bokanovsky de multiplication industrielle des embryons décrite par Aldous Huxley, les Clonages de Paul Rebeyrolle titubent tragiquement entre vie et mort. Les nudités robustes de Maillol s’animalisent face à Lady Chatterleyde D. H.Lawrence… Cette anthologie amène une question toute simple : que serait l’art sans les mots pour le voir ?

« Écrire le corps. de l’antiquité à nos jours », une anthologie réunie et présentée par Emmanuelle Hénin, éd. Citadelles & Mazenod, reliée sous coffret, 496 pp., 350 ill., 225€.

Marie-Thérèse par le menu

Pour évoquer les relations entre Picasso et Marie-Thérèse Walter, Laurence Madeline y va hardiment. « Avec une patience d’enquêtrice, elle fait parler les archives les plus rébarbatives – actes de décès, factures, contrats notariés», rappelle dès la préface un Philippe Dagen ravi de voir « l’une des premières tentatives de démantèlement des légendes picassiennes ». Au rayon des refus des certitudes établies, on trouve les données biographiques qui relèvent parfois de la légende. Ainsi, Picasso rencontre Marie-Thérèse alors qu’elle n’a que 17 ans et demi mais, non, celle-ci n’est pas lycéenne mais employée dans une parfumerie. Les neuf premiers chapitres sont étonnants car chacun décortique des paramètres de la rencontre, le lieu, les circonstances, même les vêtements portés par les protagonistes. Puis viennent Dinard, Boisgeloup, Juan-les-Pins, la guerre, le temps de Jacqueline… Familière des archives de Picasso, l’auteure remet chaque détail à sa place. Quitte à noyer un peu le sujet et à faire grincer des dents.

Marie-Thérèse Walter-Pablo Picasso, par Laurence Madeline, éd. Scala, 640 pp., 22 €.

Voyages au centre de la Terre

Tout simplement époustouflant. Ce livre au beau format carré publié par In Fine éditions d’art (qui fait partie du même groupe que « Connaissance des Arts »), montre les plus belles grottes du monde comme on ne les a jamais vues. De l’Ardèche au Brésil, de Majorque à Cuba, du Liban au Laos, Philippe Crochet et son épouse Annie Guiraud rapportent depuis plusieurs décennies des photos spectaculaires. Alternant vues d’ensemble et gros plans sur des concrétions aux formes incroyables, comme les « perles », les « œufs au plat », les cristaux cubiques et autres bouquets d’aragonite, les deux spéléologues dévoilent les beautés souterraines en brouillant nos repères. La présence d’Annie Guiraud sur de très nombreux clichés, un peu répétitive, a l’avantage de donner une échelle à ces lieux souvent gigantesques. Et leurs textes, courts et publiés en français et anglais, offrent un témoignage unique.

Symphonie en sous-sol, par Philippe Crochet et Annie Guiraud, In Fine éd. d’art, 336 pp., 380 ill., 65 €.

Combats pour le patrimoine

Créé en 1921 par Édouard Mortier, duc de Trévise, et sa cousine Aliette de Maillé, La Sauvegarde de l’Art Français méritait un livre pour raconter les sauvetages d’œuvres d’art et de monuments menacés, lancés depuis un siècle. À le feuilleter, on s’émeut devant la liste incroyable de projets menés à bien, de l’aître Renaissance Saint-Maclou à Rouen jusqu’à l’église XIXe Saint-Joseph de Roubaix. L’ouvrage est truffé de témoignages « des passionnés qui ont donné leur temps sans compter », ainsi que le président Olivier de Rohan-Chabot qualifie les membres de cette indispensable association. On y lit, par exemple, l’implication d’Étienne de Magnitot, le président du Crédit Agricole d’Île-de-France, qui soutient depuis 2016 le programme « Le Plus Grand Musée de France » pour la restauration d’objets d’art et de tableaux comme le Saint Jean Baptiste prêchant dans le désert (1726) de François Lemoyne de l’église Saint-Eustache à Paris.

Sauvegarder l’art français, 100 ans d’actions et de combats au service du patrimoine, par Chloé Demonet, éd. du Patrimoine et Fondation La Sauvegarde de l’Art Français, 225 pp., 39 €.

Millet, le petit-fils

Le nom d’Éric Halphen vous dit sans doute quelque chose. Le juge Halphen a en effet instruit à partir de 1994 l’affaire des HLM de Paris et de la cassette Méry impliquant l’homme politique Jean Tiberi, accusations que Jacques Chirac qualifie alors d’« abracadabrantesques ». Dans ses moments libres, le juge écrit des récits et des romans. Ici, l’enquête sur les faux tableaux de Jean-François Millet, dont le célèbre Vanneur peint en 1848, acheté par le ministre de l’Intérieur Alexandre Ledru-Rollin, disparu puis retrouvé en 1922 dans un grenier. Décortiquant cette affaire, l’auteur dépeint le commanditaire (Jean-Charles, le petit-fils de l’artiste du XIXe), le copiste (Paul Cazot), des experts (« les tapineuses du marché de l’art », comme les qualifie Éric Halphen), des marchands peu regardants et des hommes de loi. La description de l’arrestation se dévore d’une seule traite et la conclusion de l’instruction de 1930 tombe comme un couperet.

Le Faussaire de la famille, par Éric Halphen, éd. Buchet-Chastel, 235 pp., 19,90 €.

La philosophie de la mosaïque

Mosaïste depuis 2005, Jérôme Clochard est un véritable touche-à- tout : restauration de mosaïques, création contemporaine, commande publique, sculpture. À travers ses créations, il a su développer une certaine philosophie de vie, empreinte de sagesse et d’altérité. « Mon travail de création exprime une façon de m’ouvrir aux autres en me découvrant moi-même », dit-il. L’ouvrage signé Capucine Lemaître, docteure en histoire de l’art, revient sur son parcours mais présente également son atelier, la technique, les matériaux, et bien sûr ses œuvres. L’atelier qu’il a créé, Absolut mosaïque, est un lieu d’expérimentation, sans limite, « une idée universelle de la liberté, avec laquelle son art peut s’exprimer ». Son approche de la mosaïque contemporaine est passionnante : « L’œuvre est le résultat d’une recherche créative, esthétique axée sur la connaissance de la technique et la capacité à traduire des émotions grâce à ses propres singularités. » Le travail et la beauté des œuvres sont remarquablement mis en valeur par les photographies de Silvère Leprovost.

Jérôme Clochard, fragments d’émotions, par Capucine Lemaître, photographies Silvère Leprovost, Éditions Ateliers d’Art de France, 112 p., 18 €.

Tailleur de pierre

La première bande dessinée de Tommy – dessinateur indépendant – est un véritable petit bijou. En suivant le héros de l’histoire, Manuel, lapidaire à Paris depuis 1983, on apprend tout sur son travail et son savoir-faire d’exception. Le lapidaire, c’est celui qui taille des pierres précieuses (diamant, rubis, saphir, émeraude), des pierres fines (tourmaline, grenat, spinelle, topaze) ainsi que des pierres ornementales (opale, jade, lapis-lazuli, turquoise). « Quand je prends une pierre, avant de la travailler, je l’observe, je la lis, elle me parle. » La collection « Savoir-faire des Maîtres d’art » – en partenariat avec l’INMA (Institut national des Métiers d’art), dirigée par Flore Leclercq – est née grâce au soutien de la Fondation Bettencourt Schueller. En 2017, Manuel a reçu le titre de Maître d’art : « Là où le titre de Meilleur Ouvrier de France est une reconnaissance par ses pairs, le titre de Maître d’art est une reconnaissance plus large, plus symbolique, qui récompense un parcours entier. »

Pierres de couleur, par Tommy, Éditions Gourcuff Gradenigo, 59 p., 19 €.

LV l’audacieux

Né le 4 aout 1821 dans un petit village du Jura, Louis Vuitton a seulement 16 ans lorsqu’il quitte, seul, sans rien à manger, le moulin familial pour échapper à sa belle-mère qui le maltraite. À pied, il parcourt les centaines de kilomètres qui le séparent de Paris où il entre comme apprenti, dans l’atelier de Monsieur Maréchal, un emballeur-malletier. Ne vivant que pour son travail, il devient le malletier d’Eugénie de Montijo, future épouse de Napoléon III empereur des Français. Sa réputation est faite. L’écrivaine Caroline Bongrand nous fait découvrir l’histoire méconnue d’un malletier parti de rien, qui aura permis à des millions de voyageuses fortunées de se faire emballer leurs robes à crinolines, en vogue sous le Second Empire. Louis Vuitton s’établit dans le nouveau quartier de l’Opéra, en pleine construction. « Le jeune entrepreneur repeignit lui-même la devanture, d’un beau marron, et apposa en lettres beiges le nom de Louis Vuitton. Émilie lui fit remarquer que la graphie de son nom était très harmonieuse, les voyelles du prénom se retrouvant dans le nom de famille. »

Louis Vuitton, l’audacieux, par Caroline Bongrand, Éditions Gallimard, 314 p., 20 €.

Voyage dans la scène africaine du XXIe siècle

Après la série de vidéos diffusées sur France 5 décryptant un artiste, une œuvre, un pays du continent africain, c’est à présent un bel ouvrage qui met en lumière des créations de cinquante-deux artistes. Cette sélection inédite invite à voyager dans la scène africaine du XXIe siècle, riche et plurielle. Des installations d’El Anatsui aux bidons de Romuald Hazoumè, en passant par les délicats tissus d’Ana Silva ou les sculptures de Joël Andrianomearisoa, plongez dans ces œuvres diverses et variées qui révèlent le contexte géographique, social, culturel et politique dans lequel s’est développé le processus créatif de ces talents actuels, d’Afrique et de sa diaspora, qui apportent un autre regard sur les enjeux de notre époque.

Oh! Afric Art, par Élizabeth Tchoungui, sur une idée de Sonia Perrin et Tim Newman, éd. du Chêne, 224 pp., 42 €.

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