voyage dans les mondes d’une icône de l’art américain

Figure consacrée et presque idolâtrée aux États-Unis, Georgia O’Keeffe bénéficie enfin de sa première rétrospective en France, une exposition pionnière qui réunit une centaine d’œuvres. À découvrir au Centre Pompidou à Paris dès aujourd’hui et jusqu’au 6 décembre.

Après Edward Hopper au Grand Palais en 2012, Didier Ottinger, directeur adjoint du musée national d’Art moderne, poursuit son travail de redécouverte de l’art moderne américain de l’entre-deux-guerres, loin du grand récit formaliste qui avait tant marqué les générations précédentes d’historiens d’art. La rétrospective Georgia O’Keeffe (1887-1986), présentée au Centre Pompidou jusqu’au 6 décembre, révèle une œuvre profondément singulière, qui place la modernité dans le sillage du romantisme allemand.

Paysage mental

Peinture et nature ne font qu’un chez cette artiste qui s’enracine dans l’Amérique, préférant tourner résolument le dos au cubisme, autrement dit à la France. Découverte par le prisme de Kandinsky, cette veine cosmique et spirituelle fait surgir sous son pinceau un univers végétal et minéral qui répudie constamment la représentation réaliste du motif au profit d’un paysage mental voué au sublime.

Vue de l’exposition « Georgia O’Keeffe » au Centre POmpidou à Paris ©Centre Pompidou/Audrey Laurans

Pour s’immerger dans cette peinture d’une grande séduction, il fallait une exposition ouverte. Loin d’une succession classique de salles, le parcours très fluide offre une entière liberté de circulation au spectateur, condition nécessaire à la contemplation à laquelle invite chacun de ces tableaux. Seule exception à ce principe affirmé d’ouverture : l’espace clos d’une salle à part entière qui matérialise dans l’espace le socle sur lequel s’élaborera son œuvre : la Galerie 291, dirigée par son futur mari, le galeriste et photographe Alfred Stieglitz, où la jeune artiste découvrit à New York l’avant-garde européenne puis la modernité américaine. O’Keeffe évoqua cette rencontre comme une chance inestimable qui lui permit de devenir elle-même.

Vue de l’exposition « Georgia O’Keeffe » au Centre POmpidou à Paris ©ASLM

La poésie du monde

Viennent ensuite ces espaces que l’on peut traverser en suivant ou non la chronologie, autour de séquences associées aux thèmes majeurs de son œuvre : « À travers l’abstraction », évoque l’irruption presque expressionniste de la couleur dans les années 1910 et la manifestation d’une vision synesthésique des arts, où la subjectivité prend l’apparence de la musicalité des formes et des couleurs. La période newyorkaise des années vingt est attachée, elle, à la poésie du monde urbain que magnifient ses fameux gratte-ciel. Aux paysages sereins du Lake George, succède l’irruption du « Monde végétal » avec ses fleurs démesurément agrandies et érotisées qui ont fait sa légende, ses arbres cosmiques qui relient terre et ciel.

Vue de l’exposition « Georgia O’Keeffe » au Centre POmpidou à Paris ©ASLM, 2021

L’attachement au monde

Le « Nouveau Mexique », où l’artiste s’installe à partir des années 30, devient l’une de ses sources d’inspiration privilégiée avec l’immensité de ses paysages désertiques qui la rapprochent des cultures indiennes. Dernière séquence de l’exposition, « Cosmos » affronte à travers des œuvres de plus grand format le malentendu persistant autour de la prétendue abstraction de la peinture d’O’Keeffe. En dépit d’analogies superficielles entre ses Patio (série épurée des années 1940 et 1950 toujours ponctuée d’un étrange motif noir) et les artistes abstraits du Hard Hedge comme Ellsworth Kelly, l’expérience sensible et l’attachement au monde concret demeurent la source constante de sa création.

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