Au Met, la découverte d’une composition cachée pendant 233 ans bouleverse le sens d’un tableau de David

Après trois ans d’études approfondies, le Metropolitan Museum of Art de New York annonce avoir découvert la composition sous-jacente du portrait des Lavoisier de Jacques Louis David. Celle-ci révèle que l’artiste ne les avait pas initialement représentés comme un couple de scientifiques progressistes.

Le Portrait d’Antoine-Laurent Lavoisier et de sa femme, de Jacques Louis David, compte parmi les chefs-d’œuvre de la peinture européenne et les pièces essentielles des collections du Metropolitan Museum of Art (New York). Réalisé en 1788, il représente Antoine Laurent Lavoisier et Marie-Anne Lavoisier, couple d’éminents scientifiques du siècle des Lumières. Pourtant, de nouvelles études réalisées par l’institution qui conserve la toile révèlent que l’artiste avait initialement mis l’accent sur leur rôle privilégié de receveurs d’impôts, plutôt que sur leur progressisme ! Cette découverte révèle toute l’ambivalence de ces deux personnages, à une époque prérévolutionnaire où les privilèges de l’élite française font des émules. « Les révélations à propos de la peinture de Jacques Louis David transforment complètement notre compréhension de ce chef-d’œuvre » commente Max Hollein, directeur du Met.

Des instruments de chimie ajoutés tardivement

Les scientifiques ont découvert plusieurs modifications importantes effectuées tardivement dans la réalisation du tableau. Il apparaît par exemple que Marie-Anne Lavoisier apparaissait initialement coiffée d’un gigantesque chapeau de plumes assorti de rubans, tandis qu’un bureau richement décoré d’ornements en bronze doré se trouvait sous le tissu rouge. Dernière révélation, et non des moindres : les instruments scientifiques du couple Lavoisier n’ont été ajoutés qu’à la fin du processus, modifiant du tout au tout l’effet produit par le portrait. Il s’agit effectivement d’éléments clé de l’œuvre que nous connaissons aujourd’hui, présentant le couple comme des figures de proue de la chimie moderne !

Marie-Anne Lavoisier apparaissait initialement coiffée d’un gigantesque chapeau de plumes assorti de rubans. ©DR/Metropolitan Museum of Art

Une autre facette du couple Lavoisier

Ces découvertes remettent en perspective notre perception de ce couple de scientifiques. Si nous connaissons surtout Antoine Laurent Lavoisier comme un des pères de la chimie moderne, célèbre pour avoir découvert l’oxygène et la composition chimique de l’eau, celui-ci était également un receveur d’impôts fortuné. Une facette du couple essentielle pour ses contemporains, à une période hostile envers les franges les plus favorisées de la population. Rappelons qu’Antoine Laurent Lavoisier a été mené à la guillotine en 1794 !

Ces découvertes remettent en perspective notre perception du couple de scientifiques. ©DR/Metropolitan Museum of Art

Des technologies de pointe

Dorothy Mahon, conservatrice des peintures, a été chargée en 2019 d’ôter la couche de vernis pluricentenaire qui ternissait l’œuvre. C’est elle qui a suggéré d’analyser les couches inférieures de la matière picturale après avoir perçu des irrégularités et des craquèlements à sa surface. Une campagne étendue d’analyses techniques et historiques a alors été conduite en dialogue avec le chercheur Silvia A. Centeno et David Pullins, conservateur associé du département des Peintures européennes.

Dorothy Mahon, conservatrice des peintures, a été chargée en 2019 d’ôter la couche de vernis pluricentenaire qui ternissait l’œuvre. ©DR/Metropolitan Museum of Art

Une réflectographie par infrarouge et des analyses au rayon X ont été effectuées pour observer les couches sous-jacentes de la toile. Silvia A. Centeno s’est exprimée sur la richesse que représentent ces technologies de pointe pour l’analyse des œuvres peintes : « L’utilisation des dernières avancées scientifiques est extrêmement intéressante pour jeter une nouvelle lumière sur des œuvres d’art. La technologie au cœur de ce projet n’existait pas en 1977, quand le tableau a rejoint les collections du Met. En fait, jusqu’à récemment, révéler avec un tel niveau de détails des compositions cachées sous la surface des peintures était impossible ».

Une campagne étendue d’analyses techniques et historiques a été conduite. ©DR/Metropolitan Museum of Art

Une exposition repoussée

En 1789, cette œuvre avait été précipitamment retirée du Salon avant son ouverture, les autorités royales craignant la réaction du public en ces temps troublés par la Révolution. Elle ne fut ainsi présentée qu’un siècle plus tard, lors de l’exposition universelle de 1889. Aujourd’hui, elle est visible au sein des galeries de peinture néoclassique du Met.

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