Qui sont les acteurs de la prise de pouvoir des Talibans ? – NOUVELLES RECENTES

Dans la précipitation, un hélicoptère américain évacue les derniers diplomates de l’ambassade des Etats-Unis à Kaboul ce dimanche. L’image forte, qui évoque le désastre du Vietnam, symbolise l’échec de l’oncle Sam en
Afghanistan, vingt ans après l’invasion américaine et la chute du régime
taliban.

«Les Talibans ont gagné», a résumé Ashraf Ghani, le président afghan, contraint de fuir son pays
pour éviter un « bain de sang ». A sa place désormais, le mollah Haibatullah Akhundzada, dont les partisans se sont installés dimanche
dans le palais présidentiel de la capitale sous les yeux du monde entier. 20 Minutes fait le point sur les acteurs de cette prise de pouvoir.

Haibatullah Akhundzada, le leader suprême

Photo non datée fournie par les talibans afghans le 25 mai 2016 du nouveau mollah Haibatullah Akhundzada – STR Afghan Taliban

C’est, dit-on, le nouvel homme fort de l’Afghanistan. Haibatullah Akhundzada est le chef des talibans depuis la mort de son prédécesseur Mansour, tué par un drone américain au Pakistan en 2016. Agé de soixante ans, le mollah est un homme discret, plutôt spécialiste des questions judiciaires et religieuses que des armes, du moins avant sa prise de pouvoir. Fils d’un théologien, originaire de Kandahar, cœur du pays pachtoune dans le sud de l’Afghanistan et berceau du mouvement, Akhundzada a rapidement reçu
un serment d’allégence d’Ayman al-Zawahiri, le chef d’Al-Qaïda, qui l’a qualifié d’« émir des croyants ».

Jouissant d’une grande influence pour son érudition, certains analystes estimaient que son rôle serait davantage symbolique qu’opérationnel. Mais Akhundzada est parvenu à prendre le pays en quelques semaines, après avoir unifié les talibans, longtemps fracturés par une violente lutte pour le pouvoir.

Baradar, Haqqani, Yaqoub, les autres figures du pouvoir

Mollah Baradar, au centre. – EPN/Newscom/SIPA

Akhundzada ne dirigera pas seul, d’autres responsables devraient disposer d’importants pouvoirs, comme le mollah Baradar, co-fondateur des talibans et chef de leur bureau politique, situé au Qatar, qui a conduit les négociations avec les Américains. Autre élément important : Sirajuddin Haqqani, fils d’un célèbre commandant du djihad anti-soviétique. Le numéro deux des talibans est le chef du puissant réseau portant son nom, accusé d’avoir assassiné certains hauts responsables afghans et d’avoir retenu en otage des Occidentaux.

Le mollah Yaqoub, enfin, est le fils du célèbre mollah Omar et chef de la puissante commission militaire des talibans, qui décide des orientations stratégiques dans la guerre contre le gouvernement afghan. Certains analystes estiment toutefois que sa nomination à la tête de cette commission en 2020 n’est que purement symbolique.

Ashraf Ghani, le président en fuite

Le président Afghan Mohammad Ashraf Ghani lors de la la Conférence sur l’Afghanistan à Génève, le 27 novembre 2018. – Denis Balibouse/AP/SIPA

Il sera devenu, en quelques années, l’image même de la faillite de l’Afghanistan. Après une carrière aux Etats-Unis comme professeur de sciences politiques et d’anthropologie dans les années 1980, il revient en Afghanistan après la chute des talibans fin 2001, et devient ministre des Finances du président Hamid Karzaï. Il est élu en 2014 et réélu en 2019, de manière controversée, sur la promesse de redresser le pays et d’en finir avec la corruption​. Ashraf Ghani, n’aura finalement tenu aucune de ces deux promesses.

Ses relations avec les Etats-Unis s’enveniment quand les Américains décident d’entamer des négociations bilatérales avec les talibans à Doha. Il en est exclu mais refuse de démissionner. « Aucun pouvoir au monde ne pourra me forcer à prendre un avion et à quitter ce pays. C’est un pays que j’aime et je mourrai en le défendant », disait-il lors d’un entretien en mai au Spiegel. Trois mois plus tard, il quitte son pays, en avion, à l’issue d’une offensive éclair de dix jours des talibans.

Zalmay Khalilzad, le diplomate américain

Zalmay Khalilzad, le négociateur. – /AP/SIPA

Zalmay Khalilzad, né en Afghanistan, a servi comme ambassadeur des Etats-Unis à l’ONU, en Irak et en Afghanistan sous la présidence du républicain George W. Bush. C’est lui qui a tenté, en vain, de remettre sur les rails le processus de paix, menacé par les violences.

Nommé par Donald Trump pour tenir sa promesse de campagne, ce diplomate de carrière a été l’architecte de l’accord signé par Washington avec les talibans en février 2020 à Doha qui prévoyait le retrait complet des troupes étrangères d’Afghanistan d’ici mai. Zalmay Khalilzad, confirmé dans ses fonctions fin janvier Joe Biden, rencontrait encore ces derniers jours des dirigeants talibans au Qatar pour essayer de trouver un accord de paix.

Ismail Khan, « le Lion d’Hérat » défait

Ismail Khan. – Massoud Hossaini/AP/SIPA

C’est un autre symbole de la défaite militaire des forces afghanes. Il y a un mois, Ismail Khan, un des seigneurs de guerre les plus célèbres d’Afghanistan, promettait de défendre sa terre contre les talibans, appelant la population à se joindre au combat. Mais à 75 ans, « le Lion d’Hérat », qui a tenu la troisième plus grande ville du pays pendant des décennies, a finalement été contraint de déposer les armes.

Jeudi, les talibans ont publié une vidéo du vieux chef de guerre, appelant à « en finir avec les combats », alors que les insurgés auraient promis d’assurer sa sécurité. Comme dans d’autres villes tombées aux mains des talibans la semaine passée, les autorités disent avoir renoncé pour éviter un bain de sang aux civils.

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